Changer de plateforme agréée nécessite une démarche structurée pour sécuriser la conformité et la continuité des échanges. Cette transition, à la fois technique et organisationnelle repose sur plusieurs étapes qu’il convient d’anticiper. Tour d’horizon des actions à engager.

 

Qu’est-ce qu’une plateforme agréée ?

Dans le cadre de la réforme de la facturation électronique, les entreprises assujetties à la TVA vont devoir modifier leurs pratiques de facturation en utilisant des formats électroniques standardisés et en passant par des plateformes agréées (PA).

Ces plateformes sont des opérateurs privés certifiés par l’État qui servent d’intermédiaire officiel pour l’émission, la transmission et la réception des factures électroniques entre entreprises. Une centaine a d’ores et déjà été immatriculée par les pouvoirs publics. En parallèle de ce rôle de transport et de normalisation, elles transmettent automatiquement certaines informations à l’administration fiscale afin de permettre un suivi précis des flux économiques et un meilleur pilotage de la TVA.

 

Sur quoi repose le choix d’une plateforme agréée ?

Le choix d’une plateforme agréée repose avant tout sur sa capacité à répondre aux exigences de la réforme de la facturation électronique tout en s’adaptant aux besoins concrets de l’entreprise.

  • La plateforme doit pouvoir s’intégrer facilement aux outils de gestion existants afin de garantir une continuité des processus et limiter les ressaisies. Cette intégration conditionne directement l’efficacité opérationnelle et la qualité des données traitées.
  • L’expérience utilisateur et l’accompagnement proposé sont également déterminants. Une solution efficace est celle qui permet une adoption rapide par les équipes, tout en offrant un support réactif et des fonctionnalités adaptées aux usages quotidiens.
  • Enfin, il est essentiel de retenir une solution capable d’évoluer avec l’entreprise. La plateforme doit pouvoir accompagner les changements d’échelle, les nouvelles exigences réglementaires et, plus largement, la transformation des processus financiers dans la durée.

💡 À noter

La réglementation définit un socle commun que toutes les plateformes doivent respecter : échanges de données, gestion des statuts, contrôles, formats ou connexion à l’annuaire. Mais ce cadre ne suffit pas à uniformiser les performances. Chaque solution se distingue par sa capacité à industrialiser les contrôles, la qualité des intégrations, son ergonomie métier, la gestion des cas complexes, les outils de pilotage proposés…

Votre expert-comptable peut vous accompagner dans le choix d’une PA conforme et adaptée à vos besoins. Mais si vous avez déjà validé le déploiement d’une plateforme et que des doutes apparaissent, il reste possible de revoir ce choix.

 

Peut-on changer de plateforme agréée ?

Oui. Un droit à la portabilité entre plateformes agréées a été prévu par le législateur. Il permet à toute entreprise de changer de plateforme agréée, dans le respect des engagements contractuels souscrits. À l’issue du changement, l’ancienne plateforme serait tenue d’assurer un service minimal pendant une durée d’au moins 12 mois.

💡 À noter

Aucune durée d’engagement minimale n’est imposée par la DGFiP (Direction générale des Finances publiques) ; chaque plateforme fixe ses propres règles. Certaines plateformes peuvent par ailleurs prévoir des frais de mise en service, de résiliation ou des délais de préavis importants.

L’étude attentive des CGV et tarifs des plateformes agréées permet de mieux repérer les conditions de sortie et les coûts cachés.

Quels sont les points de vigilance à observer ?

Avant tout changement de plateforme, plusieurs éléments doivent être évalués :

Critère

Point de vigilance

Immatriculation

Présence de la PA sur la liste officielle des plateformes agréées.

Conformité

Respect des obligations réglementaires et fiscales.

Compatibilité

Connexion avec le logiciel de facturation, les outils comptables et les flux existants (privilégier les PA compatibles Peppol et disposant d’API standards afin d’éviter les ressaisies et les ruptures de flux).

Réversibilité

Possibilité de récupérer facilement les données en cas de changement.

Support client

Assistance pendant la transition et la mise en production.

Coût

Lisibilité des tarifs, des frais de mise en service et frais de sortie éventuels.

Accompagnement

Capacité à aider l’entreprise dans le paramétrage et les tests.

 

Quelle est la démarche à suivre ?  

 

1. La signature avec la nouvelle PA : point de départ du changement

Le changement de PA commence officiellement lorsque l’entreprise signe un accord formel avec sa nouvelle plateforme (mandat de désignation, contrat, document d’adhésion…). La nouvelle PA prend alors en charge le dossier de migration. Elle intervient comme interlocuteur principal pour organiser le transfert, préparer les éléments administratifs et initier les échanges avec l’ancienne PA.

 

2. Une demande officielle adressée à l’ancienne PA

La nouvelle plateforme demande officiellement à reprendre la gestion de la ligne associée à l’entreprise. L’ancienne PA doit accuser réception de cette demande dans un délai de 24 heures. Cette réponse permet de confirmer que la demande a bien été reçue et que le processus peut se poursuivre.

À ce stade, l’ancienne PA dispose d’un délai maximal de cinq jours pour notifier son accord ou son désaccord à la nouvelle PA.

 

3. Deux scénarios possibles : accord ou désaccord de l’ancienne PA

Lorsque l’ancienne PA donne son accord, le changement peut se poursuivre selon le calendrier prévu. Le processus avance alors vers la mise à jour des informations dans l’annuaire PPF, étape indispensable pour assurer le bon acheminement des factures.

En revanche, l’ancienne PA peut également émettre un désaccord. Dans ce cas, le processus n’est pas immédiatement interrompu, mais une phase de résolution est engagée. L’objectif est d’identifier l’origine du blocage : problème administratif, information incomplète, contestation contractuelle ou toute autre difficulté liée au transfert.

La résolution s’effectue d’abord avec le client. Si le désaccord est levé, le processus reprend son cours normal. Si le litige persiste, l’administration fiscale peut être sollicitée afin d’intervenir dans la résolution du différend. Cette possibilité permet d’encadrer les situations de blocage et d’éviter qu’une entreprise soit durablement empêchée de changer de plateforme.

 

4. La mise à jour de l’annuaire PPF

Une fois l’accord obtenu, ou le litige résolu, l’ancienne PA valide le changement. Cette validation permet d’engager la mise à jour de l’annuaire PPF (portail public de facturation). Celui-ci contient les informations nécessaires au routage des factures électroniques et permet d’identifier la plateforme à laquelle doivent être adressées les factures destinées à une entreprise. Si cet annuaire n’est pas correctement mis à jour, les flux peuvent être mal orientés ou retardés.

La date de prise d’effet du changement doit être définie avec attention. Il est recommandé de positionner cette date au moins trois jours après la demande de mise à jour de l’annuaire. Ce délai permet de limiter les risques de désynchronisation entre les plateformes et d’assurer une transition fluide.

 

5. La transmission du code de migration

Avant que le changement ne devienne effectif, l’ancienne PA doit transmettre un code de migration. Cette transmission intervient au plus tard 48 heures avant la date d’effet. Ce code joue un rôle de sécurisation. Il permet d’authentifier le transfert et de s’assurer que la migration est bien réalisée entre les plateformes concernées.

 

6. La mise à jour du SML par la nouvelle PA

Si la PA est connectée à Peppol (option privilégiée pour une interopérabilité renforcée avec les autres plateformes), la dernière étape du processus consiste à mettre à jour le SML (Service Metadata Locator), annuaire central du réseau Peppol – une démarche qui peut nécessiter une action de la plateforme d’origine.

Une fois cette mise à jour réalisée, la nouvelle PA devient pleinement opérationnelle pour recevoir et traiter les flux de facturation électronique de l’entreprise.

Le changement est alors finalisé.

 

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Auteur

isabelle guit

Isabelle Guit

Associée - Consulting Finance