Valérie Rousseau
Responsable prospective et stratégie expertise sociale
La loi n° 2026-534 du 25 juin 2026 relative à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales marque une nouvelle étape dans la stratégie de contrôle des pouvoirs publics. Son objectif est d’améliorer la détection des fraudes, renforcer les sanctions et faciliter le recouvrement des sommes frauduleusement perçues. Si certaines mesures ciblent directement les fraudeurs, de nombreuses dispositions concernent aussi les employeurs, les services RH et paie, les organismes de formation et les donneurs d’ordre. Zoom sur les impacts pour ces publics.
Les arrêts de travail constituent l’un des volets les plus concrets de la réforme pour les employeurs.
Lorsqu’une fraude aux indemnités journalières est constatée, la CPAM (Caisse primaire d’Assurance maladie) pourra transmettre à l’employeur les éléments strictement nécessaires pour caractériser la fraude. L’employeur pourra ensuite transmettre ces informations à l’organisme de prévoyance ou d’assurance complémentaire concerné afin d’éviter le versement de prestations indues.
Autre évolution importante : la loi prévoit également que l’employeur ne sera plus tenu de maintenir le salaire lorsque la fraude du salarié est établie.
Par ailleurs, plusieurs mesures renforcent les contrôles :
Concrètement
Imaginons qu’un salarié soit en arrêt maladie tout en exerçant une autre activité non autorisée ou en transmettant de fausses informations à la CPAM. Jusqu’à présent, l’employeur ne disposait pas toujours des éléments lui permettant d’agir efficacement. Désormais, il pourra être destinataire d’informations lui permettant de prendre les mesures appropriées.
Mettez en place une procédure de coordination entre les RH, la paie et l’organisme de prévoyance. Une suspension d’IJSS ou une information transmise par la CPAM doit être immédiatement analysée afin d’éviter le maintien de salaire ou le versement de prestations complémentaires qui pourraient ensuite être difficiles à récupérer.
La loi cible plusieurs dérives observées autour du Compte personnel de formation (CPF).
Un titulaire du CPF ne pourra plus utiliser ses droits pour financer une certification qu’il possède déjà. Par ailleurs, lorsqu’un bénéficiaire ne se présente pas aux évaluations ou aux examens sans motif légitime, le financement de la formation pourra être remis en cause.
Parallèlement, les pouvoirs de la Caisse des Dépôts, en charge de la gestion du CPF, sont fortement renforcés. Les organismes de formation, les financeurs, les OPCO et les acteurs du conseil en évolution professionnelle pourront davantage partager leurs informations relatives à la fraude.
Des contrôles « sous identité d’emprunt » deviennent également possibles pour vérifier la réalité des formations.
Concrètement
Une entreprise finance une action de formation pour un salarié. Quelques mois plus tard, un contrôle révèle que la formation n’a pas réellement été suivie, les justificatifs sont incomplets et l’examen final n’a jamais été passé.
Les financeurs et organismes de contrôle disposeront désormais de davantage d’outils pour détecter ce type de situation et renoncer, le cas échéant, au financement du parcours.
Avant de financer une formation :
Au-delà du CPF, l’ensemble du secteur de la formation professionnelle est désormais dans le viseur des pouvoirs publics.
Les organismes financeurs, les OPCO, la Caisse des Dépôts, les conseils départementaux et d’autres acteurs pourront davantage partager leurs informations relatives aux fraudes. Les OPCO se voient également confier une mission renforcée de vérification de la qualité, de la réalité et de la pertinence financière des actions de formation.
Les contrôles ne porteront plus uniquement sur l’existence de la facture. L’administration cherchera de plus en plus à vérifier :
Conservez systématiquement les documents relatifs à la formation : conventions de formation, programmes, feuilles d’émargement, attestations de présence, évaluations, certificats obtenus.
La loi renforce les sanctions applicables en cas de fraude ou de déclaration erronée concernant le C2P.
Les sanctions financières deviennent plus dissuasives et les agents chargés des contrôles disposent de moyens élargis pour vérifier les déclarations des employeurs.
Concrètement
Une entreprise déclare que ses salariés ne sont exposés à aucun facteur de pénibilité. Lors d’un contrôle, les agents constatent pourtant un niveau sonore important, l’utilisation régulière d’engins vibrants et des contraintes physiques significatives.
L’absence de justification documentaire pourra être sanctionnée.
Ne vous contentez pas de déclarer. Soyez capables d’expliquer et de démontrer vos choix grâce :
La loi renforce considérablement les moyens d’action des organismes de recouvrement lorsqu’une infraction est constatée. Elle crée également de nouveaux outils.
Ainsi, lorsqu’un procès-verbal de travail dissimulé est établi :
Les infractions concernées incluent notamment :
Concrètement
Lors d’un contrôle sur un chantier ou dans un établissement, l’Urssaf constate plusieurs salariés non déclarés. Les mesures conservatoires et les actions de recouvrement pourront intervenir beaucoup plus rapidement qu’auparavant. Les conséquences financières d’un contrôle pourront être beaucoup plus rapides qu’aujourd’hui. Les entreprises disposeront de moins de temps pour réagir lorsqu’une fraude sera constatée.
Avant qu’un contrôle n’arrive,
C’est probablement l’une des mesures les plus importantes pour les donneurs d’ordre.
Le donneur d’ordre ou maître d’ouvrage devra désormais vérifier périodiquement le respect, par son sous-traitant, des règles relatives à la lutte contre le travail dissimulé, et ce pendant toute la durée du contrat. Les organismes de recouvrement disposeront de moyens accrus pour engager la responsabilité du donneur d’ordre en cas de manquement.
Concrètement
Aujourd’hui, de nombreuses entreprises demandent une attestation de vigilance Urssaf au moment de signer le contrat, puis ne réalisent plus aucun contrôle. Demain, cette pratique pourra être jugée insuffisante. Si un sous-traitant cesse de déclarer correctement ses salariés en cours d’exécution du contrat, l’administration pourra s’interroger sur les vérifications réalisées par le donneur d’ordre. Des sanctions pourront, le cas échéant, être prononcées à son encontre.
La vigilance ne doit plus être ponctuelle, mais continue.
Jusqu’à présent, l’absence de document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP) était sanctionnée principalement dans le cadre des contrôles de l’inspection du travail ou en cas de contentieux.
Désormais, l’absence de document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP) ou son défaut de mise à jour pourra être sanctionné par une amende administrative. Les DREETS (directions régionales de l’Économie, de l’Emploi, du Travail et des Solidarités) pourront prononcer une amende pouvant atteindre 4 000 € par salarié concerné, voire 8 000 € en cas de récidive.
L’existence du document ne suffira plus. Les contrôleurs examineront également la date de mise à jour, la cohérence avec l’activité réelle, l’évaluation effective des risques et les actions de prévention mises en place.
Concrètement
Pour une entreprise de 25 salariés dépourvue de DUERP à jour, le risque théorique peut atteindre 100 000 € (25 salariés × 4 000 €), voire 200 000 € en cas de récidive. Il s’agit de plafonds et non de montants automatiques, mais ils reflètent une volonté claire du législateur de responsabiliser davantage les employeurs.
Posez-vous immédiatement trois questions :
Si la réponse à l’une de ces questions est non, il est temps d’agir.
Cette loi ne crée pas une révolution en matière sociale. En revanche, elle renforce fortement la capacité des administrations à croiser les données, détecter les anomalies et engager rapidement des actions de contrôle.
Le principal risque pour les entreprises ne se limite plus à la fraude volontaire. Il réside aussi dans :
Les entreprises qui documentent leurs pratiques et qui anticipent les contrôles seront les mieux armées dans ce nouveau contexte de surveillance renforcée. Aussi, n’hésitez pas à engager un audit interne sur les sujets les plus exposés : les arrêts de travail, la sous-traitance, le DUERP, les déclarations C2P et la fiabilité des données de paie et de DSN.
Nos équipes se tiennent à votre disposition pour vous aider à sécuriser vos obligations et prévenir les risques.
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