Difficile aujourd’hui d’imaginer un environnement professionnel dépourvu de numérique ou d’intelligence artificielle. Longtemps réservées aux grandes entreprises, ces technologies se sont démocratisées. Leur coût d’accès baisse, leur prise en main est de plus en plus intuitive, et leur intégration fait désormais partie du quotidien des TPE et PME.
Mais, si elles promettent des avancées majeures en matière de productivité, de réduction de la pénibilité et de prévention des accidents, elles génèrent également des risques nouveaux. Une étude récente de l’Organisation internationale du travail (OIT) met en lumière cette tension entre bénéfices et défis, et rappelle que la responsabilité de l’employeur reste entière face à cette mutation technologique.
En quoi l’intelligence artificielle et la robotique transforment-elles la sécurité au travail ?
L’une des avancées les plus marquantes concerne la capacité des machines à remplacer l’humain dans des environnements dangereux, exposés au bruit, aux températures extrêmes, aux gaz toxiques ou aux zones difficilement accessibles. L’usage de drones, par exemple, permet d’inspecter des sites à haut risque sans courir de danger. De même, certains robots conçus pour l’intervention en milieu confiné peuvent réaliser des tâches impossibles ou trop dangereuses pour un opérateur humain.
Ces outils apportent également un gain important en matière de formation. Grâce à la simulation numérique, il est aujourd’hui possible de reproduire des scénarios sensibles sans exposition réelle au danger. Pour les entreprises, cela représente une opportunité d’entraîner les équipes dans des conditions réalistes sans compromettre leur sécurité.
Enfin, la robotisation contribue à alléger les tâches physiques répétitives ou pénibles. Des exosquelettes, par exemple, réduisent considérablement la fatigue musculaire et le risque de blessures, notamment dans les activités de manutention ou de port de charges.
Quels bénéfices ces technologies apportent-elles dans les métiers moins physiques ?
La robotique et l’IA ne se limitent plus aux environnements industriels. Elles s’intègrent progressivement dans les services, où elles contribuent à réduire la charge mentale des salariés. Les chatbots, qui disposent désormais de réponses automatisées de premier niveau, permettent aux équipes de se concentrer sur les demandes nécessitant une réelle expertise.
Pour l’OIT, ces outils peuvent redonner du sens au travail en améliorant l’apprentissage, les compétences et la capacité de décision des salariés. En prenant en charge les tâches répétitives, la technologie libère du temps pour des missions à plus forte valeur ajoutée.
Mais ces innovations créent-elles de nouveaux risques ?
Oui, et ils sont loin d’être négligeables. Les exosquelettes, bien qu’utiles, exigent des réglages précis et un entretien rigoureux. Ils peuvent provoquer des inconforts, contraindre certains mouvements ou exposer l’utilisateur à de nouvelles formes de fatigue.
L’intelligence artificielle peut, quant à elle, mal interpréter une situation. Une erreur d’analyse dans un contexte sensible peut entraîner une blessure ou un incident sérieux. De plus, travailler aux côtés d’un robot piloté par IA signifie céder une part du contrôle humain. Cette perte de maîtrise peut entraîner une forme d’épuisement émotionnel, une irritabilité ou une perte de sens du travail, comme le relève l’OIT.
L’usage de la technologie peut également se retourner contre les salariés si elle est détournée pour accroître la productivité, surveiller excessivement les équipes ou accentuer le contrôle interne.
Comment ces outils contribuent-ils malgré tout à une meilleure prévention ?
Associés à des capteurs, les dispositifs numériques et l’IA deviennent capables de détecter des signaux faibles avant même qu’un incident ne survienne. Ils surveillent la qualité de l’air, mesurent le bruit, analysent les postures, repèrent les chutes et suivent les constantes physiologiques des travailleurs isolés.
Ils peuvent également générer des scénarios prédictifs pour anticiper les risques, optimiser les opérations de maintenance ou préparer les intérimaires aux situations les plus sensibles. Dans certains secteurs, les équipements de protection individuelle deviennent « intelligents » et émettent des alertes lorsque l’exposition dépasse un seuil critique.
Les technologies numériques peuvent-elles remplacer la prévention humaine ?
Absolument pas. Les progrès technologiques, aussi avancés soient-ils, ne traitent pas la cause des risques, mais uniquement leurs symptômes. Un casque connecté ou un gant intelligent peut signaler un danger, mais il ne supprime pas la nuisance elle-même.
La responsabilité finale reste celle de l’employeur, qui doit analyser l’environnement de travail, adapter l’organisation, revoir les processus ou supprimer les dangers à la source lorsque cela est possible. L’OIT insiste sur ce point : la technologie peut aider, mais elle ne peut ni remplacer une démarche de prévention structurée, ni se substituer à la réflexion humaine.
Vers quel modèle de sécurité se dirige-t-on ?
Le modèle émergent repose sur un équilibre : utiliser la technologie pour mieux protéger, tout en conservant le rôle central de l’humain dans la prise de décision. L’enjeu pour les entreprises n’est plus d’adopter ou non ces outils, mais de déterminer comment les intégrer de manière responsable.
Cela implique une montée en compétences, une sensibilisation aux limites de l’IA, un encadrement éthique du numérique et une vigilance permanente sur les impacts organisationnels. Car si l’IA peut accentuer la sécurité, elle peut aussi créer un sentiment de surprotection ou encourager une tolérance au risque, qui pourrait paradoxalement augmenter les dangers.
Vous souhaitez obtenir de plus amples informations concernant cette étude ? être accompagné dans la mise en œuvre de vos actions de prévention des risques professionnels ? N’hésitez pas à solliciter les équipes Pôle Prévention.