Alcool, tabac, cannabis, médicaments psychoactifs… les conduites addictives ne relèvent pas uniquement de problématiques individuelles ; les conditions de travail peuvent également favoriser leur apparition. Or, ces usages fragilisent la santé des salariés, altèrent la vigilance, augmentent les risques d’accident et peuvent compromettre l’organisation du travail. Ils engagent également la responsabilité de l’employeur, tenu par la loi de protéger la santé physique et mentale de ses équipes. La prévention des addictions n’est, dans ce contexte, plus un simple acte de bienveillance, mais un véritable investissement pour la performance et la sécurité de l’entreprise.
Pourquoi les addictions constituent-elles un risque professionnel ?
Les conduites addictives ne sont pas indépendantes du contexte de travail. De nombreux facteurs peuvent favoriser l’usage de substances : la fatigue, des rythmes de travail irréguliers, une organisation sous tension, des tâches pénibles ou des environnements favorisant l’accès à certains produits.
Certains environnements professionnels, où alcool, médicaments ou substances chimiques sont facilement accessibles, peuvent rendre leur consommation plus fréquente. Les effets sur le salarié sont immédiats : baisse de vigilance, altération de la mémoire, perte de concentration ou modifications de l’humeur. Autant de conséquences susceptibles d’entraîner des erreurs, des accidents ou des comportements dangereux pour soi comme pour les autres.
Quelles sont les responsabilités légales de l’employeur ?
La loi impose à l’employeur une obligation générale de santé et de sécurité vis-à-vis de ses salariés. Il doit, dans ce cadre, prévenir les risques susceptibles d’altérer leur santé (physique et mentale), y compris ceux liés à l’alcool ou à d’autres substances psychoactives. Un salarié en état d’ébriété n’exonère en rien l’entreprise de sa responsabilité en cas d’accident. Au contraire, l’absence de mesures de prévention peut engager la responsabilité civile ou pénale du dirigeant.
La réglementation encadre également strictement la consommation d’alcool, dans le cadre de « pot d’entreprise ». Seuls certains alcools sont autorisés si l’événement a lieu au sein de l’entreprise, et l’employeur peut décider d’aller plus loin en limitant ou en interdisant toute consommation, à condition de formaliser cette décision dans le règlement intérieur ou dans une note de service. Cette vigilance ne s’arrête pas aux portes de l’entreprise. Un pot organisé dans un bar ou un restaurant engage également la responsabilité de l’employeur.
Comment intégrer la prévention des addictions dans la démarche de santé au travail ?
La première étape consiste à inscrire ce risque dans le DUERP (document unique d’évaluation des risques professionnels). Cela implique d’identifier les situations où un usage problématique pourrait survenir, de décrire les mesures de prévention en place ou à renforcer, et d’actualiser régulièrement l’analyse en fonction de l’activité ou des incidents observés.
Au-delà de l’évaluation, l’entreprise doit se doter d’un cadre clair. Un règlement intérieur ou une charte permet de rappeler l’interdiction de travailler sous l’effet de substances, les obligations liées à certains postes sensibles ou la conduite à tenir lorsque la situation semble préoccupante. Ce document n’a de valeur que s’il est connu et compris des équipes : il doit donc être expliqué, diffusé et intégré aux pratiques quotidiennes.
Comment sensibiliser et accompagner les salariés ?
La prévention ne peut être efficace que si chacun connaît les risques et sait comment réagir. Il est donc essentiel d’informer régulièrement les salariés sur les effets des substances psychoactives, sur les comportements à risque et sur les gestes à adopter lorsqu’un collègue semble en difficulté. Les travailleurs doivent être en mesure d’interrompre une activité dangereuse, de prévenir les secours si nécessaire ou d’alerter le service de santé au travail.
Les dispositifs d’aide doivent également être accessibles et connus : médecin du travail, médecin traitant, centres spécialisés, plateformes d’écoute ou ressources locales. Mettre à disposition des supports pédagogiques, des affiches ou des brochures contribue à intégrer ces réflexes dans la culture de l’entreprise.
La formation joue, en outre, un rôle clé, notamment pour les managers de proximité. Ce sont souvent eux qui repèrent les premiers signes d’un malaise : changements d’attitude, absences répétées, difficultés de concentration ou accidents mineurs. Leur apprendre à identifier ces signaux et à adopter la bonne posture permet d’agir tôt, avant que la situation ne se dégrade.
La prévention des addictions représente-t-elle un coût ou un investissement ?
Si les conduites addictives ont un coût humain évident, elles ont également un impact économique majeur. Elles entraînent absentéisme, erreurs, baisse de productivité, tensions internes et accidents du travail.
À l’inverse, une politique de prévention cohérente améliore le taux d’absentéisme, renforce la qualité du climat social, améliore l’image interne et externe de l’entreprise et accroît la fidélisation des salariés.
Le travail peut d’ailleurs jouer un rôle protecteur lorsqu’il s’exerce dans un environnement bien organisé, respectueux et équilibré. La prévention des addictions devient alors un acte de bonne gestion, au service de la performance globale.
Vous souhaitez obtenir de plus amples informations concernant ce sujet ? être accompagné dans la mise en œuvre de vos actions de prévention des risques professionnels ? N’hésitez pas à solliciter les équipes Pôle Prévention.