Face à une situation financière préoccupante, les Ehpad explorent des solutions innovantes pour améliorer leur équilibre budgétaire. Parmi celles-ci, la mise en place de la tarification différenciée suscite autant d’espoirs que de questions. Décryptage des opportunités et contraintes de ce dispositif.

État des lieux de la situation financière des Ehpad

Les Ehpad connaissent une dégradation sans précédent de leur situation financière. Selon une enquête de la FHF (fédération hospitalière de France), 85 % des Ehpad publics affichaient un résultat déficitaire en 2023. Les sections Hébergement et Dépendance sont particulièrement touchées, avec des causes multiples :

  • baisse du taux d’occupation (88,5 % en 2023 contre 93,5 % en 2019),
  • revalorisation insuffisante des prix de journée,
  • hausse des coûts (fluides, personnel, fournitures, etc.).

Tarification différenciée : le cadre réglementaire

Introduite par l’article L342-3-1 du Code de l’action sociale et des familles (CASF), la tarification différenciée permet aux gestionnaires d’Ehpad d’ajuster les prix en fonction des situations des résidents. La loi « Bien vieillir » du 8 avril 2024 a assoupli sa mise en œuvre, possible dès janvier 2025.

Des conditions spécifiques sont toutefois à respecter pour déployer ce dispositif :

  • moins de 50 % des résidents bénéficiaires de l’aide sociale au sein de l’établissement ;
  • signature d’une convention avec le Conseil Départemental ;
  • respect d’un plafond défini par décret (encore en attente).

Les opportunités pour les Ehpad

La tarification différenciée présente plusieurs avantages :

  • aucune obligation de souscrire à ce dispositif ;
  • maintien de l’éligibilité au plan d’aide à l’investissement de la CNSA (Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie) ;
  • une application sans impact pour les résidents en place (nouvelle tarification applicable uniquement pour les nouveaux résidents) ;
  • une évolution possible des tarifs alignée sur l’inflation et les pensions ;
  • une amélioration progressive du résultat, de la capacité d’autofinancement et de l’offre de services.

Les contraintes et les risques

Cependant, ce dispositif soulève des interrogations sur plusieurs points :

  • Éthique et gouvernance : adéquation avec les valeurs associatives et gestion des écarts tarifaires entre les résidents.
  • Exclusions : les Ehpad accueillant plus de 50 % de bénéficiaires d’aide sociale sont inéligibles.
  • Fiscalité : une hausse des tarifs pourrait remettre en question les exonérations fiscales.
  • Impact à long terme : ce dispositif n’offre qu’une solution partielle et graduelle aux problèmes structurels de financement.

Un outil prometteur, mais qui présente certaines limites

La tarification différenciée constitue un levier financier à moyen terme pour les Ehpad, leur permettant d’absorber certaines hausses de coûts et de renforcer leur résilience. Toutefois, sa mise en œuvre nécessite une analyse fine des implications éthiques, fiscales et stratégiques, ainsi qu’une anticipation des risques liés à la compétitivité territoriale.

Vous vous interrogez sur la mise en place d’un tel dispositif dans votre établissement ? Nos équipes peuvent vous accompagner. N’hésitez pas à vous rapprocher de nos experts pour des conseils pratiques et un appui adapté à vos besoins.

Auteur

christine blanloeil

Christine Blanloeil

Associée - Expert-comptable - Commissaire aux comptes - Référent ESS, mécénat, philanthropie - Nantes