Valérie Rousseau
Responsable prospective et stratégie expertise sociale
Si le recours aux stagiaires constitue une pratique courante en entreprise, il ne peut devenir un mode de gestion durable des effectifs. La Cour de cassation l’a d’ailleurs récemment rappelé ; l’occasion de revenir sur les règles applicables et les précautions à observer pour tout stage dans l’entreprise.
Par un arrêt du 7 janvier 2026, la Cour de cassation rappelle que les stages successifs ne doivent pas servir à pourvoir durablement un poste de travail, y compris lorsque le stagiaire change d’établissement d’enseignement en cours de parcours.
Vigilance, donc, concernant la durée des stages et le respect des délais de carence sous peine de requalification en contrat de travail.
Pour rappel
Le stage en entreprise doit obligatoirement faire l’objet d’une convention tripartite. Une gratification minimale est due lorsque la durée du stage dépasse deux mois, consécutifs ou non, au cours d’une même année scolaire. Le stagiaire est soumis aux horaires et règles de temps de travail applicables dans l’entreprise, dans la limite de la durée légale, et bénéficie des droits liés au repos, aux jours fériés, à la prise en charge des frais de transport et à l’accès au restaurant d’entreprise. L’employeur doit désigner un tuteur et veiller au respect du caractère exclusivement pédagogique du stage.
Le stage en entreprise a une finalité exclusivement pédagogique. À ce titre, le Code de l’éducation encadre précisément son recours, notamment pour éviter qu’un poste permanent ne soit occupé par un ou plusieurs stagiaires successifs.
Deux règles clés doivent retenir l’attention des employeurs :
La récente jurisprudence vient préciser l’interprétation de ces règles et en renforcer la portée.
Conformément à l’article L. 124-5 du Code de l’éducation, un même stagiaire ne peut pas effectuer plus de 6 mois de stage par année d’enseignement dans une même entreprise, toutes conventions confondues.
💡 À noter
Peu importe que les stages soient réalisés dans le cadre de plusieurs conventions distinctes ou que le stagiaire ait changé d’établissement d’enseignement entre deux stages ; seul compte le critère de l’entreprise d’accueil, sur une même année d’enseignement.
Dans l’affaire jugée, le stagiaire avait cumulé 10 mois de présence dans la même entreprise sur une même année, ce qui a conduit la Cour à considérer que la durée maximale autorisée était dépassée.
Autre point de vigilance majeur : le délai de carence prévu à l’article L. 124-11 du Code de l’éducation.
Lorsqu’un stage prend fin, un nouveau stage sur le même poste ne peut débuter qu’après un délai de carence égal à un tiers de la durée du stage précédent, sauf interruption anticipée à l’initiative du stagiaire.
La Cour de cassation adopte ici une approche très concrète :
En pratique, si les missions traduisent une continuité fonctionnelle, le poste est considéré comme identique, avec application du délai de carence.
Le non-respect de ces règles expose l’entreprise à un risque de requalification du stage en contrat de travail, avec des conséquences lourdes : rappels de salaires, paiement des cotisations sociales, application du droit du travail (durée du travail, congés, protection contre le licenciement, etc.), risque contentieux et atteinte à l’image employeur.
La décision du 7 janvier 2026 confirme que les juges n’hésitent plus à sanctionner les pratiques de stages successifs abusifs.
Pour sécuriser le recours aux stagiaires, voici les principaux points de vigilance et les actions recommandées.
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Point de vigilance |
Action recommandée |
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Suivi de la durée des stages |
Contrôler précisément la durée cumulée des stages d’un même stagiaire, quel que soit l’établissement d’enseignement. |
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Respect des délais |
Anticiper les délais de carence avant toute nouvelle convention sur un poste similaire. |
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Mission pédagogique |
Définir des missions réellement pédagogiques, distinctes de celles des salariés. |
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Limiter le risque de requalification |
Éviter toute continuité de fonctions commerciales, opérationnelles ou productives assimilables à un emploi permanent. |
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Documentation |
Documenter le contenu des stages : objectifs pédagogiques, compétences visées, encadrement effectif. |
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Implication RH |
Associer les équipes RH en amont de tout renouvellement ou succession de stages. |
À retenir
Le stage est un outil de formation, pas un moyen d’optimiser ses effectifs.
La jurisprudence rappelle que le changement d’établissement scolaire ne permet pas de contourner les règles légales.
Une gestion rigoureuse des stages est aujourd’hui indispensable pour limiter les risques sociaux et sécuriser les pratiques de l’entreprise. N’hésitez pas à vous rapprocher de nos équipes spécialisées pour tout complément d’information concernant ce sujet.
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