Valérie Rousseau
Responsable prospective et stratégie expertise sociale
La période d’essai est un outil essentiel pour sécuriser une embauche, mais elle est aussi une source fréquente d’erreurs et de contentieux. Depuis l’entrée en vigueur de l’article 19-1, 2° de la loi DDADUE le 9 septembre 2023, le cadre juridique a été profondément modifié. Beaucoup d’entreprises appliquaient encore des durées issues de conventions collectives anciennes ou mal mises à jour. Ces pratiques sont depuis interdites dans de nombreux cas.
Mais qu’autorise (ou interdit) vraiment la loi ? Qu’en est-il des durées prévues par les conventions collectives ? Et comment faire lorsqu’un doute persiste ? Nos experts vous répondent.
Depuis la réforme, les durées maximales de la période d’essai en CDI sont strictement fixées par le Code du travail :
Ces périodes peuvent être renouvelées une seule fois, sans jamais dépasser :
Attention
Le renouvellement reste possible une seule fois, uniquement si la branche étendue l’autorise, si le contrat de travail le prévoit et si le salarié donne son accord écrit avant la fin de la période initiale.
Jusqu’à 2023, certaines conventions collectives pouvaient prévoir des durées plus longues que la loi. Cette dérogation n’existe plus.
À compter du 9 septembre 2023, toutes les périodes d’essai conventionnelles plus longues que la loi sont inapplicables, quelle que soit la branche.
Certaines branches, comme celles des entreprises de travail temporaire (ETT) ou de la Mutualité, continuaient d’appliquer des périodes d’essai plus longues que ce que permet aujourd’hui la loi. Avec l’entrée en vigueur de la loi DDADUE (portant diverses dispositions d’adaptation au droit de l’Union européenne), ces durées ne sont plus valables : elles sont automatiquement remplacées par les durées maximales légales, même si la convention collective n’a pas encore été modifiée.
Depuis la loi 2008-596 du 25 juin 2008 (JO du 26), Il reste possible de prévoir une période d’essai plus courte que la loi, mais uniquement dans deux cas :
Dans tous les cas, la période d’essai doit être écrite pour exister et sa durée doit être expressément mentionnée. À défaut, l’embauche sera réputée définitive dès le premier jour.
La convention collective de la boulangerie mentionne toujours, pour les non‑cadres, une période d’essai de 30 jours. Cependant, cette durée est antérieure au 27 juin 2008, elle est inférieure à la durée légale de 2 mois et elle n’a pas été renégociée après 2008. Elle est donc inapplicable.
Pour les non‑cadres en boulangerie, la période d’essai applicable est automatiquement la durée légale : 2 mois.
Pour les cadres, la convention prévoit 4 mois renouvelables une fois, ce qui reste conforme à la loi et donc applicable.
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Situation |
Autorisé ? |
Règle applicable |
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Période d’essai plus longue que la loi |
❌ Non |
La loi s’impose : 2 / 3 / 4 mois max |
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Période d’essai plus courte que la loi |
✅ Oui |
Si accord > 26/06/2008 ou que le contrat le prévoit |
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Durée mentionnée uniquement dans la convention, sans inscription dans le contrat |
❌ Non |
La période d’essai n’existe pas |
Pour aller plus loin
N’hésitez pas à consulter notre précédent article concernant les règles et bonnes pratiques en matière de périodes d’essai.
Voici les recommandations que nous pouvons vous donner :
La période d’essai n’existe que si elle est écrite.
Vérifiez que la durée et la possibilité de renouvellement sont bien mentionnées.
Vous évitez ainsi une requalification automatique en embauche définitive.
Une durée conventionnelle plus longue est désormais illégale, même si elle est toujours imprimée dans la convention.
Certains secteurs cumulent plusieurs textes contradictoires.
N’hésitez pas à solliciter votre expert paie/RH/juriste avant la rédaction du contrat.
Vous vous interrogez concernant le formalisme à respecter et souhaitez être accompagné sur ce sujet ? N’hésitez pas à contacter votre contact habituel Baker Tilly ou les équipes spécialisées en droit social de notre partenaire juridique Oratio Avocats.