Un amendement, adopté dans le cadre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, prévoit une décote progressive de certains actes des médecins vasculaires : une première baisse de 7,5 %, est effective depuis le 5 novembre 2025 ; une nouvelle de 7,5 %, s’appliquera dès juillet 2026. Cette baisse n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans un mouvement plus large de révision des nomenclatures, touchant la biologie, l’imagerie, certains actes techniques et, potentiellement, d’autres professions libérales…
Médecine vasculaire : une spécialité sous pression
La médecine vasculaire, reconnue comme spécialité en 2015, rassemble près de 2 000 praticiens dont 90 % exercent en libéral. Ces spécialistes assurent le suivi de pathologies fréquentes et parfois graves : artériopathies périphériques, thromboses veineuses profondes, complications vasculaires du diabète, suivi des anévrismes… ; des affections de plus en plus répandues avec le vieillissement de la population.
Plus d’un tiers des médecins vasculaires ont, par ailleurs, plus de 60 ans et le nombre de postes ouverts au concours de l’internat, limité à 49 par an, n’est pas suffisant pour remplacer les départs à la retraite. Ce déséquilibre crée un risque réel de pénurie, particulièrement dans les zones rurales ou moins bien desservies, où l’accès à ces spécialistes pourrait devenir difficile.
Autre point important : les actes vasculaires, tels que les « écho‑dopplers » ou autres examens de suivi, nécessitent un matériel spécialisé et coûteux, dont l’achat et l’entretien représentent une charge importante pour les cabinets. Or, les tarifs de ces actes n’ont pas été revalorisés depuis près de trente ans.
La baisse des tarifs ajoute donc une pression financière supplémentaire. Ces mesures, destinées à réduire les dépenses de santé, risquent de rendre l’activité des cabinets plus difficile, de provoquer des fermetures et de décourager de jeunes médecins de s’installer.
Une baisse tarifaire qui impacte d’autres professions
Les laboratoires de biologie médicale font, depuis une dizaine d’années, face à des baisses répétées de leurs actes. D’après le syndicat des biologistes SDBIO, certains actes ont connu, entre 2014 et 2022, une baisse de 20 %. En deux ans seulement (2023 et 2024), les tarifs ont, en outre, encore chuté de 18,3 %, dont 13,2 % pour la seule année 2024.
Du côté de l’imagerie médicale, les forfaits techniques (scanner, IRM…) devraient également baisser d’environ 12 % sur la période 2025–2027.
Une inquiétude qui s’étend à tout le secteur
Le climat de restriction budgétaire inquiète également les infirmiers libéraux, dont les actes de perfusion ont été récemment révisés. Les syndicats craignent que la pression sur la nomenclature s’étende à ces professionnels, avec un risque de réduction des revenus et de dégradation des conditions de travail.
Les kinésithérapeutes, sages-femmes libérales et médecins généralistes pourraient aussi être concernés si le mouvement de compression tarifaire se généralise. Face à cette perspective, les médecins généralistes appellent actuellement à la grève.
Quant à la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, elle ne rassure pas le secteur. Ses articles 77 et 78 autoriseront l’Assurance Maladie à modifier unilatéralement les tarifs à défaut d’accord dans un délai de six mois.
💡 À noter
Afin de rendre les spécialités médicales à forte dominante technique plus attractives, une revalorisation des actes techniques de la classification commune des actes médicaux (CCAM) est prévue dans les prochains mois. Une rénovation en profondeur de cette classification est également en cours en vue d’adapter les tarifs aux pratiques médicales actuelles. Une nouvelle encourageante, donc, mais seulement pour certains métiers.
Des impacts multiples pour les professionnels de santé
La baisse de nomenclature n’est donc pas sans conséquences pour les professionnels de santé.
Elle affecte non seulement la rentabilité immédiate des cabinets, mais aussi leur capacité à investir dans des équipements. Elle pourrait également entraîner des difficultés de remboursement de la « dette senior » pour les cabinets ayant connu des restructurations et une hausse des dépassements d’honoraires (là où ils sont autorisés).