Chaque jour, des milliers de salariés prennent la route dans le cadre de leur activité professionnelle. Pourtant, malgré sa gravité et ses conséquences humaines, le risque routier professionnel demeure insuffisamment pris en compte. Longtemps considéré comme un aléa extérieur à l’activité de travail, il reste encore trop rarement abordé comme un risque professionnel à part entière.
Sur son site Internet, le ministère du Travail souligne que, bien que les déplacements routiers liés au travail aient fortement augmenté ces dernières années, peu d’actions de prévention spécifiques sont mises en œuvre. Cette perception erronée contribue à reléguer la conduite professionnelle au second plan, alors même qu’elle constitue l’une des principales causes d’accidents mortels au travail.
Un risque professionnel à intégrer pleinement dans la prévention
Même en l’absence de dispositions spécifiques dans le Code du travail, le risque routier relève pleinement des obligations générales de sécurité de l’employeur. À ce titre, il doit être évalué avec rigueur et inscrit dans le Document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP). Cette démarche permet d’identifier les situations à risque et de structurer une politique de prévention adaptée, régulièrement mise à jour en fonction de l’évolution des activités et des organisations.
L’objectif est clair : garantir le meilleur niveau possible de protection de la sécurité et de la santé des salariés lors de leurs déplacements, qu’ils soient routiers ou effectués sur site. Cette approche globale s’inscrit dans une logique de responsabilité sociale et de performance durable pour l’entreprise.
Repenser les déplacements pour réduire l’exposition au risque
La prévention du risque routier commence bien avant la prise du volant. Elle suppose une réflexion en amont sur l’organisation des déplacements professionnels. Tous les trajets sont-ils indispensables ? Peuvent-ils être évités ou remplacés par des alternatives ? La généralisation des outils de visioconférence, accélérée par la crise sanitaire de 2020, a démontré qu’il était possible de limiter certains déplacements sans nuire à l’efficacité du travail.
Lorsque le déplacement reste nécessaire, le choix des modes de transport devient déterminant. Favoriser les transports en commun, les combiner avec des modes de déplacement doux ou recourir à la location de véhicules à l’arrivée permet de réduire la fatigue, le stress et les risques liés à l’hypovigilance. Pour les trajets domicile-travail, la mise en place de plans de mobilité durables, notamment à l’échelle des zones d’activité, offre des solutions collectives telles que le covoiturage, tout en mutualisant les coûts et les moyens.
Des organisations plus protectrices pour les salariés itinérants
Lorsque les déplacements sont inévitables, leur gestion peut néanmoins être optimisée afin d’en limiter les risques. Rationaliser les longs trajets, réduire les distances parcourues quotidiennement, respecter strictement les temps de conduite et de pause ou encore privilégier les axes routiers moins stressants figurent, notamment, parmi les recommandations de l’INRS.
Certaines entreprises vont plus loin en adaptant leur organisation du travail, notamment pour les chantiers éloignés. Le choix de loger les salariés à proximité des sites d’intervention ou de privilégier les déplacements collectifs contribue à réduire la fatigue, à améliorer les conditions de travail et à limiter le risque d’accident. Ces mesures ont également un impact positif sur la productivité, en réduisant le temps passé sur la route au profit du temps consacré à l’activité.
Horaires atypiques et fatigue, des facteurs aggravants
Le développement des rythmes de travail atypiques, comme le travail de nuit ou le travail posté, constitue un autre facteur de risque souvent sous-estimé. En France, plusieurs millions de personnes sont concernées par ces organisations du travail, qui exposent les salariés à des troubles du sommeil, à une somnolence accrue et à des perturbations des rythmes biologiques.
Ces effets ont des conséquences directes sur la vigilance au volant et augmentent le risque d’accident, aussi bien lors des trajets que pendant les missions professionnelles. Limiter autant que possible ces situations, dialoguer avec les salariés concernés et rester attentif aux signes de fatigue ou de changement de comportement font partie intégrante d’une démarche de prévention efficace.
Le véhicule, un outil de travail à sécuriser
Dans de nombreux secteurs d’activité, le véhicule est un outil de travail à part entière. Son choix, son équipement et son entretien sont donc des éléments clés de la prévention du risque routier. Qu’il soit acheté ou loué, le véhicule doit être adapté à l’usage professionnel et disposer d’un niveau de sécurité conforme aux exigences de l’activité.
Les progrès technologiques ont profondément transformé la sécurité automobile, notamment grâce aux dispositifs de sécurité active destinés à éviter l’accident. Systèmes de freinage assisté, contrôle de trajectoire, aides à la conduite ou dispositifs de détection de l’inattention contribuent à réduire les situations à risque. Ces équipements complètent les dispositifs de sécurité passive, comme les ceintures et les airbags, qui restent essentiels pour limiter la gravité des blessures.
L’entretien des véhicules, une obligation de sécurité
La prévention du risque routier passe également par un suivi rigoureux de l’état des véhicules. Le contrôle technique périodique permet de détecter certaines défaillances, mais il ne suffit pas à garantir la sécurité au quotidien. L’entretien régulier, le respect des préconisations des constructeurs et les contrôles visuels avant chaque départ sont indispensables.
En cas de manquement, les conséquences peuvent être lourdes. Un défaut d’entretien à l’origine d’un accident corporel peut engager la responsabilité pénale de l’employeur. La gestion des véhicules professionnels doit donc s’inscrire dans une organisation claire, avec des responsabilités identifiées et un suivi constant.
Les distracteurs au volant, un enjeu majeur de prévention
L’usage du téléphone au volant reste l’un des principaux facteurs de distraction et multiplie considérablement le risque d’accident. Lire ou rédiger un message, tenir une conversation, même en mode mains libres, détourne l’attention du conducteur et altère sa capacité de réaction. Malgré les interdictions, ces pratiques demeurent largement répandues.
De plus en plus d’entreprises choisissent ainsi de proscrire l’usage du téléphone lors des déplacements professionnels, hors situations d’urgence. Ces règles doivent être clairement formalisées dans les documents internes et accompagnées d’actions de sensibilisation régulières. La prévention des distracteurs suppose également une réflexion globale sur l’usage des outils numériques et des interfaces embarquées.
Sensibilisation et compétences au cœur d’une culture de la sécurité
Au-delà des équipements et de l’organisation, la prévention du risque routier repose avant tout sur les femmes et les hommes qui prennent la route. L’employeur doit s’assurer de la validité du permis de conduire et de l’aptitude des salariés à conduire les véhicules qui leur sont confiés. La sensibilisation, la responsabilisation et, lorsque nécessaire, la formation complémentaire des conducteurs jouent un rôle central dans la réduction des accidents.
Inscrire la sécurité routière dans la culture de l’entreprise, à travers des actions régulières et concrètes, permet de faire évoluer durablement les comportements. En agissant simultanément sur l’organisation, les véhicules, les pratiques de conduite et les compétences, les entreprises disposent de leviers efficaces pour réduire le risque routier professionnel et protéger leurs salariés sur la route.
Pour mettre en place une démarche adaptée à vos enjeux, n’hésitez pas à vous rapprocher de notre partenaire Pôle Prévention, spécialiste de la gestion des risques en entreprise.