Valérie Rousseau
Responsable prospective et stratégie expertise sociale
À l’heure d’une nouvelle augmentation du Smic, lier les rémunérations à cet indice, via un système de multiple ou d’indexation automatique, peut sembler pertinent pour certains employeurs. Ce mécanisme est toutefois strictement encadré par la loi et certaines clauses peuvent être invalidées lorsqu’elles méconnaissent les règles d’ordre public salarial. Il s’agit dès lors de trouver l’équilibre entre cohérence de la politique de rémunération, adaptation aux évolutions du Smic et sécurisation juridique des pratiques. C’est précisément l’objet de cet article.
En France, la rémunération est en principe librement fixée par l’employeur, sous réserve du respect :
Cette liberté vaut aussi pour la révision des salaires : l’employeur peut décider d’augmentations générales, individuelles, de primes, etc. Mais cette liberté rencontre une limite : l’interdiction des clauses d’indexation automatique.
Le Smic constitue une exception, car sa revalorisation est encadrée par la loi. Au 1er juin 2026, il a ainsi été augmenté automatiquement de 2,41 %, l’inflation ayant franchi le seuil de 2 % prévu par les textes.
Le Smic mensuel brut est ainsi porté à 1 867,02 €, soit environ 44 € bruts supplémentaires par mois pour un salarié à temps plein.
Ce mécanisme légal a pour objectif de préserver le pouvoir d’achat des salariés les plus modestes.
La loi interdit de prévoir une évolution automatique des salaires en fonction d’un indice économique. Cette interdiction repose sur deux textes principaux :
Ces dispositions sont d’ordre public. Toute clause contraire est donc nulle et réputée non écrite.
Concrètement, sont notamment illicites les clauses qui prévoient une augmentation automatique en fonction de l’inflation ou d’un indice INSEE ou encore un lien direct avec le niveau général des salaires, ou par exemple une fixation du salaire de type « Smic + pourcentage ».
Cette interdiction s’applique à tous les supports : contrats de travail, accords collectifs et usages d’entreprise. Elle a pour objectif d’éviter un mécanisme en chaîne dans lequel l’augmentation des salaires alimenterait elle-même l’inflation.
En revanche, il reste possible d’augmenter les salaires de manière volontaire, dans le cadre de décisions de gestion ou de négociations.
Quel risque ?
Le risque principal pour l’employeur n’est pas de devoir payer davantage (puisque l’indexation est favorable aux salariés), mais d’être contraint de supprimer un mécanisme illégal, avec un risque de contentieux sur la validité de la clause, et d’engager sa responsabilité s’il a utilisé sciemment une clause inopérante pour refuser toute augmentation individuelle.
Même si vous ne pouvez pas indexer les salaires sur l’inflation, vous êtes directement concernés par cette revalorisation.
Le Smic agit donc comme un indicateur économique et social qui influence indirectement votre politique de rémunération.
Il est recommandé d’adopter une approche structurée et sécurisée :
Au-delà des augmentations salariales, il est essentiel de construire une politique de rémunération lisible et cohérente pour vos salariés.
Vous pouvez vous appuyer sur les négociations annuelles obligatoires (NAO) pour définir un cadre clair. Ces négociations permettent d’aborder chaque année les questions de rémunération, en tenant compte de l’inflation, de la situation économique de l’entreprise et des pratiques du marché, sans recourir à un mécanisme automatique.
La transparence joue ici un rôle essentiel. En expliquant vos critères d’augmentation et votre stratégie, vous renforcez la confiance des salariés et limitez les incompréhensions.
En complément du salaire, vous avez tout intérêt à développer des éléments de rémunération indirects, qui permettent d’améliorer le pouvoir d’achat sans rigidifier la masse salariale.
Vous pouvez notamment mettre en place :
Ces outils présentent un double avantage. D’une part, ils soutiennent concrètement le pouvoir d’achat, d’autre part, ils restent plus souples qu’une augmentation de salaire pérenne.
💡 À retenir
Une politique de rémunération efficace repose sur trois piliers : la transparence, la régularité du dialogue social et la diversification des leviers de rémunération. Vous ne pouvez pas indexer les salaires sur l’inflation, mais vous pouvez construire une réponse globale, lisible et sécurisée pour vos salariés.
Vous souhaitez être accompagné pour sécuriser vos pratiques de rémunération et construire une politique salariale conforme et adaptée à vos enjeux ? N’hésitez pas à vous rapprocher de nos équipes Conseil RH ou de notre partenaire Ombello pour bénéficier de conseils personnalisés sur le sujet.