Le repos dominical reste un principe fondamental du droit du travail français. Le dimanche est, sauf exceptions, un jour de repos obligatoire. Pourtant, de nombreuses entreprises peuvent être amenées à solliciter leurs salariés le dimanche, que ce soit pour répondre à des impératifs économiques, touristiques ou organisationnels. Entre dérogations permanentes, autorisations préfectorales, zones touristiques et règles spécifiques à certains secteurs, le cadre juridique est complexe. Cet article vous aide à y voir clair et à sécuriser vos pratiques.

Principe général et risques juridiques

L’article L. 3132-3 du Code du travail est sans ambiguïté : « Dans l’intérêt des salariés, le repos hebdomadaire est donné le dimanche ». Ce principe est ancien, ancré dans notre modèle social, et il se double de deux règles complémentaires : l’interdiction de faire travailler un même salarié plus de six jours par semaine (art. L. 3132-1) et l’obligation d’un repos hebdomadaire minimal de 24 heures consécutives (art. L. 3132-2). Mais la réalité économique des entreprises a conduit le législateur, au fil des trente dernières années, à multiplier les exceptions. Résultat : le droit du travail dominical est aujourd’hui un système complexe de dérogations, d’interprétation stricte selon la Cour de cassation, qui réclame une vigilance constante des employeurs et des équipes RH.

Ainsi, travailler le dimanche n’est pas, aujourd’hui, une simple question d’accord entre l’employeur et le salarié. La législation encadre strictement cette pratique. Voici ce qu’il faut retenir :

  • Le repos hebdomadaire de 24 heures consécutives est attribué, par principe, le dimanche.
  • Toute mise au travail le dimanche en dehors d’un régime dérogatoire légal constitue une infraction pénale (amende de 1 500 € par salarié).
  • L’accord du salarié ne suffit jamais à lui seul : l’employeur doit obligatoirement justifier d’une dérogation valide.
  • En cas d’irrégularité, le salarié peut demander des dommages et intérêts, sans bénéficier pour autant des contreparties du travail dominical.
  • Le travail dominical est très contrôlé a posteriori (inspection du travail, juge), y compris pour les prestataires et sous-traitants.

Quatre grands types de dérogations

Type de dérogation et fondement légal

Entreprises ou activités visées

Conditions de la dérogation et autorisation administrative

Organisation du repos

Contreparties obligatoires

Volontariat du salarié

Priorité d’emploi sans travail dominical

DÉROGATIONS PERMANENTES DE DROIT (sans autorisation préalable)

Contraintes de production/ besoins du public

CT, art. L.3132-12

 

Activités répondant à des contraintes de production, ou de besoins du public nécessitant le fonctionnement ou l’ouverture le dimanche

Activités listées

CT, art. R.3132-5

(hôtellerie, cafés, restaurant, commerce de détail d’ameublement, de bricolage, boulangerie, santé, cinémas, etc.)

Repos dominical organisé par roulement

Aucune (sauf si prévu par accord collectif)

Non, mais seuls les salariés affectés à l’activité ouvrant droit à la dérogation peuvent travailler le dimanche

Non

 

Commerces de détail alimentaires, le dimanche jusqu’à 13 h

CT, art. L.3132-13

Commerces de détail alimentaires

Dérogation jusqu’à 13 h

Repos compensateur d’une journée attribuée par quinzaine et par roulement

  • Superficie du magasin inférieure à 400 m² : aucune
  • Superficie supérieure à 400 m² : majoration de 30 % sur les heures effectuées le dimanche

Non

Non

DÉROGATIONS CONVENTIONNELLES

Travail en continu

CT, art. L.3132-14

Entreprises industrielles et industries

  • Accord d’entreprise, d’établissement ou de branche sans besoin d’autorisation administrative
  • À défaut, demande auprès de l’inspection du travail après consultation du CSE et des délégués syndicaux

Repos dominical organisé par roulement

Aucune

Non

Non

Équipe de suppléance

CT, art. L3132-16

Repos attribué un autre jour que le dimanche pour l’équipe de suppléance

Majoration d’au moins 50 % pour les heures effectuées le dimanche

Non

Modalités définies par accord collectif

DÉROGATIONS ACCORDÉES PAR L’AUTORITÉ ADMINISTRATIVE

Dérogation par le préfet

CT, art. L3132-20

Établissements où le repos simultané le dimanche pour tout le personnel serait préjudiciable au public ou compromettrait le fonctionnement normal

Dérogation temporaire et limitée dans le temps, accordée par le préfet sur la base d’un accord collectif ou à défaut d’une décision unilatérale prise après avis du CSE et approuvée par référendum

  • repos commun donné un autre jour
  • ou repos du dimanche midi au lundi midi
  • ou repos le dimanche après-midi et repos compensateur d’une journée par quinzaine et par roulement
  • ou repos par roulement à tout ou partie du personnel
  • Fixées par accord ou décision unilatérale
  • Thèmes imposés : contreparties, engagements en termes d’emploi ou en faveur de certains publics en difficultés ou de personnes handicapées
  • Si décision unilatérale, majoration au moins égale au double de la rémunération normale équivalente + repos compensateur

Oui

Oui

Dérogation par le maire

CT, art. L3132-26

Établissements de commerce et de détail habituellement soumis au repos dominical

Dérogation annuelle et collective accordée par le maire désignant les secteurs et les dimanches où le travail est autorisé (12 maximum par an)

Fixé par arrêté accordant la dérogation :

  • soit collectivement,
  • soit par roulement dans la quinzaine qui précède ou suit la suppression du repos

Majoration au moins égale au double de la rémunération normale + repos compensateur équivalent en temps

Oui

Non

DÉROGATIONS FONDÉES SUR LA LOCALISATION GÉOGRAPHIQUE

ZTI

CT, art. L3132-24

Établissements de vente au détail situés dans une zone touristique internationale

Présence sur les zones définies et accord d’entreprise, d’établissement, de branche ou territorial (ou, dans les établissements de moins de 11 salariés, à défaut d’accord, approbation de la mesure par la majorité des salariés)

Repos hebdomadaire organisé par roulement

  • Fixées par accord collectif (ou mesure approuvée par la majorité des salariés)
  • Thèmes imposés : contrepartie en termes de rémunération, engagements en termes d’emploi ou en faveur de certains publics en difficulté ou de personnes handicapées, mesures destinées à faciliter la conciliation entre vie personnelle, modalités de changement d’avis du salarié (retour à repos le dimanche)

Oui

Oui

Zones touristiques

CT, art. L3132-25

Établissements de vente au détail situés dans une zone touristique

Zones commerciales

CT, art. L3132-25-1

Établissements de vente au détail situés dans une zone commerciale

Gares

CT, art. L3132-25-6

Établissements de vente au détail situés dans certaines gares

Jeux Olympiques

Projet de loi relatif à l’organisation des JOP 2030

Établissements de vente au détail habituellement soumis au repos dominical

Dérogation accordée par le préfet dans les communes d’implantation des sites des compétitions, celles limitrophes et situées à proximité, pour la période du 1er janvier au 31 mars 2030

Repos hebdomadaire organisé par roulement

Majoration au moins égale au double de la rémunération normale + repos compensateur équivalent en temps

Oui

Non

Obligations et affichage

Avant de mettre en place le travail dominical (quelle que soit la base de la dérogation), l’employeur doit, lorsqu’il existe, consulter le CSE, notamment sur le projet d’organisation du travail du dimanche, les contreparties, les conditions de sécurité et de santé.

En dehors des secteurs avec dérogations permanentes de plein droit – où le travail dominical est structurel -, le salarié doit donner son accord écrit (via contrat de travail ou avenant) pour travailler le dimanche, notamment :

  • en cas de dérogations sur un fondement géographique ;
  • en cas de dérogations accordées par le maire ;
  • en cas de dérogations préfectorales.

Dans ces situations, le refus du salarié de travailler le dimanche ne constitue ni une faute ni un motif de licenciement.

L’employeur doit informer les salariés des jours et heures de repos collectif attribués par tout moyen (note de service, intranet, etc.), après information de l’inspection du travail sur le mode de communication retenu. Cette information doit être mise à jour dès que l’organisation du repos est modifiée (repos un autre jour que le dimanche, repos du dimanche midi au lundi midi, etc.).

💡 À retenir

Le travail dominical est donc possible, mais uniquement dans des cadres strictement définis. Chaque situation doit être analysée au regard de l’activité, de la localisation de l’entreprise et de l’organisation du travail.

Le cumul de plusieurs régimes dérogatoires est également possible, mais les règles applicables peuvent changer au cours de la journée. Dans la majorité des cas de dérogations autorisées, le travail dominical repose sur le volontariat et l’accord écrit du salarié. Le refus du salarié ne peut pas constituer une faute. Le salarié doit conserver un repos hebdomadaire minimal, même si celui-ci n’est pas pris le dimanche.

En cas de scrutins nationaux et locaux, l’employeur est tenu de prendre les mesures nécessaires pour permettre aux salariés d’exercer personnellement leur droit de vote.

Enfin dans les entreprises bénéficiant d’une dérogation au repos dominical, une jurisprudence récente confirme qu’il est possible qu’un salarié travaille plus de six jours d’affilée entre deux repos hebdomadaire (si ce dernier n’est pas accordé le même jour chaque semaine) tant que chaque semaine civile comporte un jour de repos hebdomadaire.

Recommandations

Avant toute mise en œuvre ou évolution du travail dominical, n’hésitez pas à procéder à une analyse juridique préalable pour éviter sanctions et contentieux :

  • Identifiez précisément la dérogation applicable

Chaque situation correspond à un régime juridique particulier. Il est utile de réaliser un diagnostic rapide : nature de l’activité, localisation, existence d’un accord collectif, besoin ponctuel ou permanent.

  • Sécurisez vos pratiques grâce à un accord collectif

Un accord permet d’encadrer le volontariat, de définir les compensations et de réduire les risques de contentieux.

  • Formalisez systématiquement le volontariat

Il est recommandé d’utiliser un formulaire écrit, mis à jour régulièrement. Cette démarche protège l’entreprise et garantit la liberté du salarié.

  • Gérez les plannings et l’information

Assurez une communication claire des horaires de travail et des jours de repos par tout moyen (affichage, intranet, planning partagé), en gardant une trace de cette information. Veillez au respect des autres règles de durée du travail (repos quotidien, durées maximales) en cas de travail dominical, pour éviter les cumuls d’infractions.

  • Vérifiez les compensations prévues par la loi ou la convention collective

Les règles varient selon la dérogation utilisée. Une vérification préalable évite les erreurs de paie et les litiges.

  • Anticipez les contrôles et les contentieux

Conservez soigneusement l’ensemble des documents justificatifs (arrêtés préfectoraux/municipaux, PV de consultation du CSE, avenants individuels, etc.) et assurez-vous que les plannings sont conformes.

N’hésitez pas à vous rapprocher de votre contact habituel Baker Tilly ou à solliciter les équipes de notre partenaire juridique Oratio Avocats, pour un accompagnement personnalisé.

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Auteur

claire ganachaud

Claire Ganachaud

Gestionnaire de paie senior