La Cour de cassation vient de faire évoluer sa position concernant les préconisations du médecin du travail. Dans un arrêt du 9 septembre 2026, elle considère que lorsque l’employeur ne respecte pas les mesures d’aménagement, d’adaptation ou de transformation du poste prescrites par le médecin du travail, le salarié n’a plus à démontrer qu’il a subi un préjudice.

Désormais, le seul constat du non-respect de ces préconisations suffit à ouvrir droit à réparation. Cette décision renforce les obligations de l’employeur en matière de santé et de sécurité au travail et invite les entreprises à être particulièrement vigilantes dans le suivi des avis médicaux.

 

Que dit l’affaire ?

Une salariée travaillant dans une station-service bénéficiait de préconisations du médecin du travail lui interdisant notamment :

  • de travailler sur la piste extérieure ;
  • de porter des charges.

Estimant que son employeur l’avait néanmoins maintenue sur certaines tâches incompatibles avec ces restrictions, elle a saisi les tribunaux afin d’obtenir des dommages-intérêts pour manquement à l’obligation de sécurité.

Dans un premier temps, la cour d’appel a rejeté sa demande. Les juges ont considéré que, même si l’employeur n’apportait pas la preuve des mesures mises en place, la salariée ne démontrait pas de conséquence concrète sur sa santé. Selon eux, l’existence d’un préjudice n’était donc pas établie.

La Cour de cassation n’a pas suivi ce raisonnement.

 

Un changement important de jurisprudence

La Haute juridiction juge désormais que le non-respect par l’employeur des mesures individuelles d’aménagement, d’adaptation ou de transformation du poste préconisées par le médecin du travail porte nécessairement atteinte à la santé et à la sécurité du salarié et ouvre droit à réparation.

Autrement dit, le salarié n’a plus à prouver qu’il a subi une dégradation de son état de santé ou un dommage particulier. Le préjudice est considéré comme résultant directement du non-respect des préconisations médicales.

Cette position s’appuie notamment sur :

  • l’obligation générale de sécurité de l’employeur ;
  • l’obligation de prendre en compte les avis et propositions du médecin du travail ;
  • les principes européens de prévention des risques professionnels.
     

Qu’est-ce qui change concrètement pour l’employeur ?

Avant cette décision, un salarié devait généralement démontrer l’existence d’un préjudice lié au manquement de l’employeur.

Désormais, dans ce type précis de situation, le salarié doit démontrer que les préconisations n’ont pas été respectées. Il n’a plus à démontrer que cette situation a eu des conséquences concrètes sur son état de santé.

Le risque contentieux devient donc plus important, car la discussion ne portera plus sur l’existence du préjudice mais essentiellement sur la question du respect ou non des préconisations médicales.

 

Une décision à relativiser

Cette évolution ne concerne pas tous les manquements liés à l’obligation de sécurité.

La Cour de cassation limite expressément sa décision aux situations dans lesquelles l’employeur ne respecte pas les mesures individuelles d’aménagement du poste, d’adaptation du poste ou de transformation du poste préconisées par le médecin du travail.

Il ne s’agit donc pas d’un retour général à la théorie du « préjudice automatique » abandonnée depuis plusieurs années.

 

Conseils pratiques

Analyser immédiatement chaque avis médical

Les restrictions, aménagements ou recommandations du médecin du travail doivent être étudiés dès leur réception.

Une lecture approximative ou un traitement tardif peut désormais avoir des conséquences financières, même en l’absence de dégradation de l’état de santé du salarié.

 

Formaliser les mesures mises en œuvre

Il est conseillé de conserver une trace écrite :

  • des aménagements réalisés ;
  • des changements de tâches ;
  • des échanges avec le manager concerné ;
  • de l’information donnée au salarié.

En cas de litige, ces éléments permettront de démontrer que les préconisations ont bien été appliquées.

 

Sensibiliser les managers de proximité

Les responsables d’équipe sont souvent les premiers concernés par l’organisation concrète du travail.

Ils doivent connaître précisément les restrictions médicales applicables afin d’éviter qu’un salarié soit affecté, même ponctuellement, à des tâches interdites.

 

Réagir rapidement en cas de difficulté

Si une préconisation paraît difficile à mettre en œuvre, il ne faut pas l’ignorer.

L’entreprise a intérêt à reprendre contact avec le médecin du travail pour échanger sur les possibilités d’adaptation ou rechercher une solution compatible avec l’organisation du travail.

 

Motiver tout refus par écrit

Le Code du travail impose à l’employeur qui ne suit pas les préconisations du médecin du travail d’expliquer sa position par écrit au salarié et au médecin du travail. Cette obligation doit être respectée avec soin. L’absence de justification écrite fragilise fortement la position de l’entreprise.

 

L’analyse de l’expert

Cette décision rappelle que les avis du médecin du travail ne doivent jamais être considérés comme de simples recommandations. Lorsqu’ils concernent l’aménagement ou l’adaptation du poste, ils doivent être examinés et appliqués avec rigueur.

Pour les entreprises, l’enjeu n’est plus seulement de prévenir une aggravation de l’état de santé du salarié. Il est désormais de pouvoir démontrer, à tout moment, que les préconisations reçues ont été prises en compte et effectivement mises en œuvre.

Une gestion documentée des avis médicaux, associée à une bonne coordination entre RH, managers et service de prévention et de santé au travail, constitue aujourd’hui la meilleure protection contre le risque de contentieux.

En présence de difficultés d’application des préconisations du médecin du travail, d’une contestation d’avis médical, d’un reclassement complexe ou d’un risque de contentieux, les équipes Oratio Avocats peuvent vous accompagner afin de sécuriser vos décisions et vous aider à respecter vos obligations en matière de santé et de sécurité au travail.

Auteur

valerie rousseau

Valérie Rousseau

Responsable prospective et stratégie expertise sociale