Valérie Rousseau
Responsable prospective et stratégie expertise sociale
Le 13e mois est souvent perçu comme un avantage social apprécié des salariés. Son versement peut néanmoins affecter le montant des allégements de cotisations patronales accordés à l’employeur. L’impact est d’autant plus important avec la hausse régulière du Smic et l’entrée en vigueur de la réduction générale dégressive unique (RGDU) au 1er janvier 2026, désormais applicable aux rémunérations inférieures à 3 Smic.
Le principe de la RGDU est simple : plus la rémunération du salarié est proche du Smic, plus l’allégement est important. À l’inverse, lorsque la rémunération augmente, le montant de la réduction diminue progressivement jusqu’à disparaître à 3 Smic.
Or, le 13e mois constitue un élément de rémunération soumis à cotisations sociales. Il est donc intégré dans la rémunération retenue pour le calcul de la RGDU.
En pratique, le versement d’un 13e mois augmente le salaire annuel de référence. Cette hausse peut entraîner :
Plus le salarié se situe près d’un seuil de rémunération sensible, plus l’impact peut être significatif.
Traditionnellement, les augmentations du Smic amélioraient mécaniquement certains allégements de cotisations.
Aujourd’hui, la situation est plus nuancée. Depuis l’entrée en vigueur de la RGDU au 1er janvier 2026, le calcul repose sur un Smic de référence fixé au 1er janvier de l’année. Ainsi, une revalorisation du Smic en cours d’année n’augmente pas automatiquement le montant de l’allégement patronal.
Concrètement, lorsqu’une entreprise augmente les salaires pour suivre l’évolution du Smic, tout en versant un 13e mois, elle peut constater que :
Prenons l’exemple d’un salarié travaillant dans un magasin et percevant 1 900 € brut par mois sur douze mois.
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Sans 13e mois |
Avec 13e mois |
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Salaire mensuel brut |
1 900 € |
1 900 € |
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Rémunération annuelle |
22 800 € |
24 700 € |
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Évolution de la rémunération |
– |
+ 8,3 % |
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RGDU estimative* |
3 000 € |
2 500 € |
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Perte d’allégement |
– 500 € |
*Montants donnés à titre pédagogique afin d’illustrer le mécanisme.
Dans cet exemple, l’entreprise verse un 13e mois de 1 900 € brut. Mais son coût réel ne se limite pas à cette somme et aux charges patronales correspondantes. La hausse de la rémunération annuelle réduit également l’allégement de cotisations dont bénéficiait l’employeur. La perte de RGDU est ici estimée à 500 €.
Au final, le coût global supporté par l’entreprise est donc plus élevé que le seul montant du 13e mois versé au salarié.
Cet exemple illustre une réalité de plus en plus fréquente : une mesure salariale favorable aux collaborateurs peut générer un surcoût indirect lié à la baisse des exonérations de cotisations.
Dans ce nouveau contexte, les simulations de paie deviennent incontournables. Avant de mettre en place ou de modifier un dispositif de rémunération, il est recommandé d’évaluer :
Cette démarche permet d’éviter les mauvaises surprises et de sécuriser les décisions de rémunération.
Le 13e mois constitue un levier de fidélisation et d’attractivité apprécié des salariés. Cependant, il ne doit pas être envisagé isolément. Dans le contexte actuel de hausse des salaires et d’évolution des dispositifs d’allégement de cotisations, il est recommandé de l’intégrer dans une réflexion plus globale sur la politique de rémunération de l’entreprise.
Lorsque l’employeur dispose d’une liberté de choix dans la structuration de sa politique de rémunération, une augmentation générale des salaires, le versement d’une prime ponctuelle, la mise en place d’un dispositif d’épargne salariale ou encore l’attribution d’un 13e mois ne produisent pas les mêmes effets sur les cotisations sociales, les allégements de charges et le coût global pour l’entreprise.
Avant toute décision, il est donc utile de comparer les différents scénarios afin d’identifier la solution offrant le meilleur équilibre entre pouvoir d’achat des salariés, maîtrise des coûts et performance sociale de l’entreprise.
Dans certains cas, un dispositif alternatif peut permettre d’atteindre le même objectif de reconnaissance ou de fidélisation tout en limitant l’impact sur la RGDU et sur le coût du travail.
Le versement d’un 13e mois ne constitue pas uniquement un coût salarial supplémentaire. Avec la réforme des allégements de cotisations et la RGDU, il peut également entraîner une diminution des exonérations patronales.
Il convient toutefois de rappeler que le 13e mois n’est pas toujours un simple outil de politique salariale laissé à l’appréciation de l’employeur. Dans de nombreuses entreprises, son versement résulte d’une convention collective ou d’un accord collectif. Dans ces situations, l’employeur ne peut ni le supprimer ni en modifier librement les modalités pour compenser les effets de la réforme. Il devra donc appliquer les nouvelles règles de calcul des allégements tout en maintenant le 13e mois qui s’impose à lui. Pour ces entreprises, l’évolution de la RGDU constituera davantage une contrainte subie qu’un choix de gestion.