Valérie Rousseau
Responsable prospective et stratégie expertise sociale
Dans le secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP), les conditions météorologiques peuvent avoir un impact direct sur l’activité des chantiers. Pour y faire face, un dispositif spécifique existe : le chômage intempéries. Un arrêté publié au Journal officiel du 12 avril 2026 vient modifier et renforcer les règles applicables à ce régime. Tour d’horizon des principales évolutions et de leurs conséquences opérationnelles.
Le dispositif chômage intempéries permet d’indemniser les salariés du BTP lorsque le travail sur chantier devient impossible ou dangereux du fait des aléas climatiques. Dans ces situations, l’employeur peut arrêter temporairement le chantier. Les salariés sont alors indemnisés via un régime mutualisé financé par des cotisations versées par les entreprises à leur caisse CIBTP (caisse nationale de surcompensation du BTP). Les taux sont fixés par arrêté ministériel (deux taux distincts sont établis en fonction de l’activité de l’entreprise – gros-œuvre et travaux publics/second-œuvre).
La CIBTP se conforme strictement au champ d’application défini par le Code du travail, qui précise les conditions d’ouverture des droits à indemnisation et à remboursement.
Sont ainsi concernées les entreprises établies en France métropolitaine exerçant une activité relevant du secteur du bâtiment ou des travaux publics, telle que définie par la nomenclature de 1959 et visée à l’article D. 5424‑7 du Code du travail.
💡 À noter
La cotisation chômage intempéries est due uniquement si la masse salariale annuelle dépasse un seuil fixé à 8 000 fois le Smic horaire (96 160 € à ce jour). En dessous de ce seuil, l’entreprise ne cotise pas et ne peut pas obtenir le remboursement des indemnités versées.
En revanche, la déclaration de l’arrêt pour intempéries dans les délais reste indispensable.
Elle permet la réduction des charges sociales et la prise en charge des cotisations de congés payés et de retraite complémentaire sur les indemnités.
En ce qui concerne les salariés, seuls sont éligibles :
– qui peuvent justifier d’au moins 200 heures de travail dans le BTP au cours des deux mois précédant l’arrêt ;
– et qui n’ont déjà épuisé leur quota annuel de 55 jours d’indemnisation.
En revanche, le personnel administratif ou non affecté au chantier est expressément exclu du dispositif.
L’indemnisation ne couvre pas 100 % du salaire brut du salarié, mais suit une règle précise :
S’agissant des droits à congé (jours acquis), les heures indemnisées sont prises en compte à hauteur de 75 %. Pour l’indemnité de congé, celle-ci est calculée sur la base du montant brut des indemnités de chômage intempéries.
La CIBTP applique une liste limitative des causes d’arrêt ouvrant droit au chômage intempéries. Sont reconnues comme causes recevables sur chantier :
En revanche, certaines situations sont exclues du dispositif, notamment :
La CIBTP vérifie que l’intempérie rend le travail matériellement impossible ou dangereux pour la sécurité ou la santé des salariés, et non simplement plus difficile ou moins rentable.
Point essentiel souvent méconnu : la CIBTP raisonne par campagne intempéries, et non par année civile. La campagne intempéries s’étend ainsi du 1er avril au 31 mars de l’année suivante. Elle constitue la base de référence pour :
Point de vigilance
La campagne intempéries ne coïncide pas nécessairement avec l’année civile, ni avec l’exercice comptable de l’entreprise, ce qui nécessite une attention particulière lors des contrôles et déclarations.
L’arrêté précise les modalités de détermination de l’assiette de la cotisation finançant le régime de chômage intempéries. Pour ce faire, les entreprises relevant des activités du BTP (listées à l’article D. 5424‑7 du Code du travail) doivent transmettre à leur caisse de congés payés une déclaration comportant notamment :
Les caisses de congés payés définissent les modes de déclaration recevables, y compris dématérialisés.
Point essentiel pour les entreprises multi‑activités
Seuls doivent être déclarés les salaires des travailleurs rattachés aux activités BTP concernées. Les autres activités sont expressément exclues de l’assiette.
Le versement de la cotisation d’intempéries s’effectue, là encore, selon les règles fixées par les statuts et le règlement intérieur de la caisse compétente.
L’arrêté du 8 avril 2026 renforce très sensiblement les règles applicables aux demandes de remboursement des indemnités. L’impact opérationnel se concentre principalement sur cet aspect.
Désormais, l’employeur doit respecter une procédure en deux temps :
Désormais, lorsqu’un arrêt de travail est décidé en raison des intempéries, l’employeur ne peut plus attendre la reprise du chantier pour effectuer ses démarches. Il est tenu de déclarer provisoirement l’arrêt de travail, et ce, au plus tard dans les 120 heures (soit cinq jours) à compter du début de l’arrêt.
Cette formalité constitue une nouvelle obligation incontournable. Le non‑respect de ce délai expose l’entreprise à un risque de remise en cause du droit au remboursement des indemnités versées aux salariés.
À l’issue de l’arrêt intempéries et lors de la reprise de l’activité sur le chantier, l’employeur doit donc dorénavant transmettre à la CIBTP un bordereau de déclaration et de demande de remboursement.
Ce bordereau doit impérativement être adressé dans un délai maximal d’un mois à compter de la reprise d’activité. En cas de dépassement de ce délai, la sanction est clairement posée par le texte : il s’agit d’une forclusion, entraînant la perte définitive du droit au remboursement.
L’arrêté prévoit qu’un délai de tolérance peut être accordé, mais uniquement lorsqu’il est expressément fixé par une délibération du conseil d’administration de la CIBTP. Cette tolérance ne constitue donc ni un droit automatique, ni une garantie pour l’entreprise, ce qui renforce la nécessité d’anticiper et de sécuriser les démarches.
Le bordereau de déclaration n’est plus une simple formalité administrative. L’employeur devient clairement garant de la sincérité des déclarations. Il doit permettre notamment :
En pratique, la signature du bordereau engage pleinement la responsabilité civile et pénale de l’employeur.
Avant de verser une indemnité intempéries, l’employeur doit désormais vérifier strictement que le salarié remplit les conditions d’ouverture du droit, définies par les articles D. 5424‑11 à D. 5424‑14 du Code du travail.
Cette vérification :
Autre nouveauté
L’employeur doit faire signer au salarié une déclaration indiquant le nombre de jours déjà indemnisés depuis le 1er janvier, déclaration qui devra être transmise avec la demande de remboursement.
L’arrêté clarifie également deux situations sensibles :
L’arrêté du 8 avril 2026 ne remet pas en cause le principe du chômage intempéries, mais il en durcit nettement les modalités de gestion. Il impose aux entreprises du BTP une rigueur accrue, sous peine de pertes financières importantes.
Au regard de ces évolutions, plusieurs actions sont à engager :
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