Les certificats d’économies d’énergie (CEE), aussi appelés « primes énergie », permettent aux particuliers, comme aux professionnels, de financer des travaux de performance énergétique. Pourtant, ce dispositif est plus complexe qu’une simple prime. Il relève en réalité d’un mécanisme de responsabilité des fournisseurs d’énergie dans l’amélioration des performances énergétiques globales reposant sur des conditions strictes et un formalisme important.
Que sont les certificats d’économies d’énergie ?
En 2005, la loi de programmation fixant les orientations de la politique énergétique, également appelée « loi POPE », fixait un plan national visant à réduire les consommations d’énergie tout en promouvant la production d’énergies renouvelables. Afin de contribuer à ces objectifs, la loi a mis en place le dispositif de certificats d’économies d’énergie (CEE).
Ce dispositif repose sur les fournisseurs d’énergie, d’électricité, de gaz ou d’hydrocarbures, qui sont ici appelés les « obligés ». Ces obligés doivent atteindre certains objectifs d’économies d’énergie mesurées en « kilowattheure cumac » (kWh cumac), une unité qui mesure les gains énergétiques théoriques réalisés pendant toute la durée de vie des équipements installés.
Les obligés obtiennent des CEE en finançant les travaux d’économies d’énergie et doivent justifier en fin de période d’un certain nombre de certificats, sans quoi ils s’exposent à des pénalités financières. Actuellement, le dispositif CEE se trouve dans sa 6ᵉ période – qui s’étend du 1ᵉʳ janvier 2026 au 31 décembre 2030. Durant celle-ci, les obligés devront contribuer à des économies d’énergie équivalentes à 1 050 térawattheures cumac (TWh cumac) par an. Cela représente une forte augmentation des obligations pour les fournisseurs d’énergie par rapport à la période précédente, ce qui en théorie renforce le pouvoir de négociation des entreprises porteuses de projets, mais s’accompagne aussi de contrôles et exigences de traçabilité renforcés (SIRET du bénéficiaire, montants des primes, enregistrement des opérations dès leur engagement) dans le cadre de la lutte anti-fraude.
Quels travaux permettent de bénéficier des primes CEE et qui peut en bénéficier ?
La plupart des travaux éligibles sont définis dans des fiches d’opérations standardisées élaborées par l’Agence de l’environnement et de la maitrise de l’énergie (ADEME) et l’Association technique énergie et environnement (ATEE) publiées par les ministères compétents. Ces fiches précisent les conditions techniques à respecter, les performances minimales exigées, ainsi que le volume forfaitaire de certificats généré par une opération.
Ces fiches peuvent concerner tant les particuliers que les professionnels. Elles s’articulent autour de 6 secteurs :
- Agriculture (28 fiches) ;
- Résidentiel (56 fiches) ;
- Tertiaire (54 fiches) ;
- Industrie (36 fiches) ;
- Réseau (7 fiches) ;
- Transport (41 fiches).
Dès lors que le bâtiment, objet des travaux de rénovation, est exploité dans le cadre d’une activité correspondant à un de ces secteurs, l’entreprise concernée peut demander le bénéfice d’une prime CEE.
Des actions très variées rentrent dans le cadre de ces fiches, à savoir l’isolation, la récupération de chaleur, le chauffage, la gestion technique d’un bâtiment ou l’acquisition de matériel industriel performant, etc.
Au-delà des fiches standardisées, le dispositif intègre également les opérations dites « spécifiques », utilisées principalement pour des projets industriels ou tertiaires atypiques. Dans cette hypothèse, les économies d’énergie doivent être démontrées au moyen d’études individualisées, ce qui rend la procédure plus lourde et plus technique que pour les opérations standardisées.
Comment bénéficier de ces aides ?
Le dispositif s’adresse à un périmètre large : entreprises privées de tout secteur (industrie, tertiaire, commerce, artisanat, agriculture, logistique), collectivités territoriales, bâtiments publics, et copropriétés à usage tertiaire pour les parties communes. Important à noter : l’éligibilité ne dépend pas de la nature de l’entreprise elle-même, mais de la conformité des travaux.
Afin de pouvoir bénéficier des aides au titre des CEE, il faut bien entendu avoir un projet éligible, mais il est également primordial de suivre scrupuleusement la chronologie des démarches :
- Étape 1 : se rapprocher d’un fournisseur d’énergie proposant des primes CEE et accepter son offre avant de signer le moindre devis avec un professionnel et avant tout démarrage des travaux.
- Étape 2 : après l’acceptation de cette offre, se mettre en quête d’un professionnel à même de réaliser les travaux ; professionnel disposant du label « Reconnu garant de l’environnement » (RGE).
- Étape 3 : une fois le devis signé et les travaux réalisés, fournir au fournisseur d’énergie les pièces justificatives permettant de prouver la réalisation des travaux et lancer le versement de la prime.
S’il est nécessaire de se rapprocher du fournisseur d’énergie avant toute autre démarche, c’est que ceux-ci doivent pouvoir justifier leur rôle actif et incitatif dans la réalisation des travaux d’économies d’énergie. Ce rôle n’est pas rempli si la chronologie n’est pas respectée et cela peut entrainer le rejet d’un dossier de demande.
Quels sont les montants de ces primes ?
De nombreux paramètres entrent en compte dans le calcul de la prime et il n’est ainsi pas possible de lister à l’avance les montants qui pourront être versés.
Chacun des fournisseurs obligés peut, tout d’abord, fixer lui-même sa politique de prime. Si les types de travaux, les conditions techniques de leurs réalisations et les résultats attendus sont précisément encadrés, il appartient à chacun des obligés de déterminer le montant des primes qu’il versera. Cela permet, en outre, aux personnes souhaitant réaliser des travaux de profiter d’une certaine concurrence entre les obligés pour trouver l’option qui leur sera la plus profitable.
Au-delà du montant déterminé par les obligés, plusieurs paramètres vont, en outre, venir influencer la prime. C’est le cas de la nature des travaux envisagés, des économies d’énergie théoriques qui en découleront en kWh cumac, de la surface du bâtiment, de la zone climatique, ou encore du prix du marché du CEE, qui oscille en 2026 entre 9 et 9,50 € par MWh cumac. Des bonifications existent par ailleurs pour les TPE/PME/ETI.
Une fois tous ces éléments pris en compte, 2 projets d’apparence semblable pourront en réalité générer des montants de primes très disparates.
Comment sont versées les primes ?
Les primes seront versées aux demandeurs uniquement après la réalisation des travaux et la transmission aux fournisseurs des pièces justificatives en attestant. En-dehors de cette condition de chronologie, il n’existe pas d’autres conditions de forme pour le versement. Il peut donc intervenir par la remise d’un chèque, un virement bancaire, une remise sur la facture d’énergie du bénéficiaire, etc.
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« kWh » signifie kilowattheure et « cumac » est une contraction des mots « cumulé » et « actualisé ». Cette unité permet d’évaluer l’ensemble des économies d’énergie réalisées pendant la durée de vie d’un équipement tout en tenant compte d’un coefficient d’actualisation. C’est cette unité qui sert de base au calcul des CEE attribués.
Non, ce n’est pas une obligation. Le particulier locataire de sa résidence ou l’entreprise locataire de ses locaux professionnels peuvent également bénéficier des primes CEE dès lors que ce sont eux qui supportent le coût des travaux.
En effet, certains travaux éligibles aux CEE relèvent traditionnellement de la responsabilité du locataire, comme l’installation d’éclairage LED. D’autres travaux éligibles, plus lourds, comme par exemple l’isolation du bâtiment, relèvent généralement de la responsabilité du propriétaire ; la réalisation de tels travaux et la récupération des CEE associés nécessitera alors d’obtenir l’accord préalable du bailleur.
Oui, plusieurs professionnels se spécialisent en tant qu’intermédiaires pour accompagner les potentiels demandeurs dans l’identification des travaux éligibles, les offres des fournisseurs et les entreprises agréées pouvant exécuter les travaux.
Oui, plusieurs autres aides peuvent se cumuler avec une prime CEE pour réduire le coût total de l’investissement. Cependant, cela reste une appréciation à faire au cas par cas, puisqu’il existe des aides empêchant les cumuls.
Il existe d’ailleurs un simulateur proposé par France Rénov’ permettant d’estimer l’ensemble des aides auxquelles une personne ou une entreprise peut être éligible.