Marina Gobin
Consultante RH
Aujourd’hui, attirer et fidéliser ne repose plus uniquement sur le salaire. Ce qui fait la différence, c’est aussi tout ce qui l’entoure : sens, flexibilité, reconnaissance, engagement… La politique de rémunération doit ainsi s’inscrire dans une approche plus globale afin de répondre aux attentes de toutes les générations.
Aujourd’hui se côtoient quatre générations au travail : les Baby-Boomers, la Génération X, les Millennials (Y) et la Génération Z. Chacune d’elles est façonnée par son contexte économique, technologique et social. Leurs comportements au travail ne sont pas des caprices générationnels, mais des réponses rationnelles à des expériences fondatrices différentes.
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Baby-Boomers Nés 1946-1964 |
Le travail comme accomplissement central Entrés dans la vie active en période de croissance, ils ont construit leur identité autour de la carrière longue et de l’engagement durable dans l’entreprise. Ils accordent une grande importance à la reconnaissance de l’expérience, à la transmission de savoirs et à la sécurité de l’emploi. |
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Génération X Nés 1965–1980 |
Pragmatique et attachés à leur autonomie Marquée par les premières crises de l’emploi et la montée du chômage, la génération X a appris à s’appuyer sur elle-même. Elle accorde plus d’importance aux actes qu’aux discours. Elle attend une progression tangible et des augmentations régulières, mais reste engagée lorsqu’on lui fait confiance et qu’on lui laisse une réelle marge de manœuvre. |
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Millennials (Y) Nés 1981–1996 |
Le sens avant le statut Ayant grandi avec Internet, traversé la crise de 2008, ils accordent une place centrale au sens dans leur travail. Ils n’hésitent pas à quitter une entreprise si ses valeurs ne correspondent pas aux leurs. Quant à la flexibilité, elle n’est plus perçue comme un avantage, mais comme une exigence. |
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Génération Z Nés 1997-2012 |
Une exigence d’authenticité et d’équité Arrivée sur le marché du travail dans un contexte instable, informée en continu et largement connectée, la génération Z est particulièrement attentive à la cohérence entre les discours et les pratiques. Elle rejette les hiérarchies trop rigides et les modèles reposant sur le sacrifice. Son engagement n’est pas moindre, mais il dépend du respect de ses attentes. |
Le passage des baby-boomers à la génération Z montre une évolution progressive du rapport au travail, passant d’un engagement fondé sur la stabilité et la loyauté à une relation plus équilibrée et conditionnelle. Les jeunes actifs d’aujourd’hui ne refusent pas le travail. Ils refusent de lui sacrifier tout le reste.
Mobilité accrue, départs rapides, désengagement silencieux… Ces comportements ne sont pas des anomalies, mais des signaux d’un manquement de l’employeur. Si changer d’entreprise devient le moyen le plus efficace pour obtenir une hausse de salaire, c’est que le problème est plus profond.
Aujourd’hui, au-delà de la rémunération, les attentes portent sur le sens, l’équilibre de vie, la confiance et la cohérence entre les discours et les pratiques. Santé mentale, flexibilité, engagement réel en matière de RSE, voici autant de critères devenus déterminants, sur lesquels les entreprises sont désormais attendues et jugées.
Repenser la politique de rémunération, ce n’est pas multiplier les primes. C’est construire une proposition de valeur cohérente, lisible et sincère, qui parle à chaque collaborateur, quel que soit son âge.
Il ne s’agit pas ici de « suivre la tendance ». Proposer du télétravail parce que tout le monde le fait, afficher une charte RSE parce que c’est attendu, lancer un programme bien-être pour cocher une case. Ces démarches « cosmétiques » sont de plus en plus vite identifiées pour ce qu’elles sont et, mal pensées, elles peuvent produire l’effet inverse. Ce qui retient les collaborateurs et attire les talents, c’est la cohérence. C’est une proposition qui leur ressemble, construite à partir de ce que l’organisation est réellement, et non d’un catalogue de bonnes pratiques importé.
Certains éléments sont devenus incontournables : une grille lisible, des règles du jeu transparentes, une flexibilité réelle. Ce sont les fondations. Nécessaires, mais pas suffisantes car la concurrence les propose aussi.
C’est au-dessus de ces fondations que la différenciation se construit : dans la qualité de la reconnaissance au quotidien, dans l’investissement visible sur le développement des personnes, dans la cohérence entre les engagements affichés et ce que les collaborateurs vivent concrètement. C’est là que se joue la fidélisation durable, non pas parce que partir serait difficile, mais parce que rester a du sens.
Nés à partir de 2013, les premiers collaborateurs de la génération Alpha entreront sur le marché du travail d’ici moins de dix ans. Leurs attentes sont déjà lisibles et elles dépassent tout ce qu’on a connu.
D’après une étude IWG conduite en 2025 auprès d’adolescents de 11 à 17 ans, la génération Alpha projette un rapport au travail radicalement différent de celui de leurs parents. Le travail hybride leur semble une évidence, les longs trajets quotidiens une aberration, et la collaboration avec des outils d’intelligence artificielle une réalité aussi banale que l’usage d’un téléphone. Ils ne perçoivent pas l’IA comme une menace, mais comme un allié naturel, intégré dès l’enfance.
Pour les RH, cela soulève déjà des questions très concrètes. Quelle organisation du travail l’entreprise sera-t-elle capable de proposer dans dix ans ? Comment intégrer les outils d’IA dans les processus et la formation interne ? Et quels modes de communication adopter, alors que la génération Alpha grandit avec les messageries instantanées et les outils collaboratifs, et considère déjà l’e-mail comme lent et saturé ?
Anticiper la génération Alpha, ce n’est pas se préparer à une rupture future. C’est accélérer les transformations que les générations actuelles demandent déjà et qui définissent la marque employeur de demain.
Ce qu’il faut retenir
La politique de rémunération n’est pas figée. Elle évolue avec les collaborateurs et avec le temps. Mais une chose ne change pas : le salaire reste la base. Dans un contexte économique difficile, négliger la rémunération directe au profit d’avantages qualitatifs serait une erreur. Le non-monétaire complète, il ne compense pas.
Baby-boomers, Gen X, Millennials, Gen Z : chaque génération a ses attentes. Une bonne politique de rémunération ne les ignore pas, elle les prend en compte, dans un cadre juste et compréhensible par tous.
Mais proposer les mêmes avantages que tout le monde ne suffit plus. Ce qui fait la différence, c’est la sincérité de l’engagement. Choisir quelques axes forts, les tenir dans la durée, et les faire vivre concrètement au quotidien, c’est cela qui crée une vraie préférence.
La génération Alpha ? Pas une menace. Plutôt le prolongement naturel de ce que les générations d’aujourd’hui demandent déjà : plus de flexibilité, plus de sens, plus d’équilibre. Mieux vaut s’y préparer maintenant que de courir après demain.
Les entreprises qui s’en sortiront le mieux ne seront pas celles qui auront tout promis. Ce seront celles qui auront tenu ce qu’elles ont dit.
Vous vous interrogez sur votre politique de rémunération ? Et si nous construisions ensemble une approche adaptée à vos enjeux et à vos collaborateurs ?