Valérie Rousseau
Responsable prospective et stratégie expertise sociale
Les incendies de forêt qui ont touché cet été plusieurs territoires, notamment la Gironde, les Landes et le Var, ont perturbé l’activité de nombreuses entreprises. Évacuations, fermetures de sites, restrictions de circulation, dégradation de la qualité de l’air, annulations de réservations ou encore baisse de fréquentation touristique… les conséquences ont été multiples pour les acteurs économiques locaux.
Afin de soutenir les employeurs confrontés à ces difficultés, le ministère du Travail a progressivement complété sa doctrine relative à l’activité partielle. Après plusieurs mises à jour de sa FAQ, un décret du 14 août 2026 est venu sécuriser juridiquement le dispositif exceptionnel de prise en charge intégrale de l’activité partielle pour certaines entreprises directement touchées. Voici les principales mesures à connaître.
Le ministère du Travail rappelle que l’activité partielle ne constitue pas la première réponse à privilégier. Avant d’y recourir, les employeurs doivent examiner les solutions permettant de maintenir l’activité, notamment :
L’activité partielle intervient lorsque ces mesures ne suffisent pas ou ne peuvent être mises en œuvre.
Les entreprises dont les locaux, installations ou exploitations ont été directement touchés par les incendies peuvent demander l’activité partielle au titre du motif suivant : « Sinistre ou intempéries de caractère exceptionnel ». Elles bénéficient alors, notamment :
Certaines entreprises ne subissent aucun dommage direct, mais ne peuvent plus fonctionner en raison d’une décision administrative :
Dans ces situations, une procédure simplifiée et un contrôle allégé sont prévus par l’administration.
La dégradation de la qualité de l’air peut parfois empêcher la poursuite de l’activité, notamment pour les emplois exercés en extérieur.
Si l’employeur a mis en œuvre l’ensemble des mesures recommandées par les autorités sanitaires :
et que l’activité demeure impossible à exercer en sécurité, l’activité partielle peut être autorisée à titre exceptionnel.
L’entreprise devra démontrer les actions mises en œuvre pour protéger ses salariés.
Il s’agit des entreprises qui subissent les conséquences économiques ou organisationnelles des incendies :
Ces entreprises peuvent solliciter l’activité partielle de droit commun.
💡 À noter
Pour les entreprises situées en Gironde et dans les Landes, le ministère du Travail apporte une précision importante : le recours à l’activité partielle peut être admis lorsqu’elles enregistrent une baisse d’activité d’au moins 30 % par rapport au même mois de l’année précédente. Cette baisse est appréciée sur le mois complet. Lors du dépôt de la demande sur la plateforme dédiée, l’entreprise devra transmettre tout justificatif utile, à savoir : courriels d’annulation, registres de réservation, éléments commerciaux et documents démontrant la réalité de la baisse d’activité.
Chaque dossier sera examiné individuellement et pourra faire l’objet d’un contrôle a posteriori.
Certains salariés ont pu être empêchés de se rendre au travail en raison d’une route fermée, de l’évacuation de leur domicile ou encore de restrictions de circulation. Dans une telle situation, ils doivent immédiatement informer leur employeur afin de rechercher une solution adaptée :
Annoncé début août, le dispositif exceptionnel de prise en charge intégrale de l’activité partielle (« zéro reste à charge ») applicable à certaines entreprises a été officiellement instauré par le décret n° 2026-776 du 14 août 2026. L’objectif de cette mesure est de soutenir les TPE et PME les plus fortement touchées par les incendies.
Pour bénéficier de cette aide exceptionnelle, plusieurs conditions doivent être réunies :
Le décret vise certaines communes situées dans trois départements :
En temps normal, le salarié perçoit une indemnité d’activité partielle égale à 60 % de sa rémunération brute de référence (dans la limite de 4,5 Smic). L’employeur reçoit une allocation correspondant à 36 % de cette même rémunération.
Le reste à charge est donc supporté par l’entreprise.
Dans le cadre du dispositif exceptionnel, pour les heures chômées entre le 20 juillet et le 31 août 2026, l’employeur continue de verser aux salariés une indemnité d’activité partielle égale à 60 % de la rémunération brute de référence. En revanche, l’allocation remboursée à l’employeur est exceptionnellement portée à 60 %, contre 36 % dans le régime de droit commun.
L’entreprise bénéficie ainsi d’un reste à charge nul pour les heures concernées.
Cette majoration est financée conjointement par l’État et l’Unédic, ce qui permet d’assurer un reste à charge nul pour les entreprises concernées.
Les entreprises couvertes par un accord ou un document unilatéral d’APLD Rebond peuvent mobiliser ce dispositif lorsque leur diagnostic économique intègre le risque incendie.
Dans ce cadre :
Pour certaines entreprises déjà couvertes par un accord APLD Rebond, ce dispositif peut donc s’avérer plus favorable que l’activité partielle de droit commun.
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Régime |
Indemnité versée au salarié |
Allocation versée à l’employeur |
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Activité partielle de droit commun |
60 % de la rémunération brute de référence
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36 % de la rémunération brute de référence
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Activité partielle « zéro reste à charge » |
60 % |
60 % |
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APLD Rebond |
70 % |
60 % |
Rémunération retenue dans la limite de 4,5 Smic.
Le ministère du Travail indique que les services de l’État mettent tout en œuvre pour apporter une réponse aux demandes d’autorisation et d’indemnisation dans un délai de 5 jours ouvrés.
Afin de faciliter l’instruction des dossiers, les employeurs ont intérêt à déposer, dès l’enregistrement de leur demande, l’ensemble des pièces permettant de justifier leur éligibilité au dispositif concerné.
💡 À noter
Le décret du 14 août 2026 prévoit également les modalités de récupération des aides indûment perçues.
En cas d’indu, l’administration peut mettre l’entreprise en demeure de rembourser les sommes versées à l’Agence de services et de paiement (ASP), dans un délai qui ne peut être inférieur à 30 jours.
Toutefois, l’employeur peut solliciter auprès du préfet une remise totale ou partielle de sa dette lorsque le remboursement est incompatible avec sa situation économique et financière.
Pour apprécier cette demande, l’administration prendra notamment en compte la situation de trésorerie de l’entreprise, son chiffre d’affaires et le montant des sommes réclamées.
À titre exceptionnel, la Caisse de congés intempéries du BTP (CIBTP) a étendu le dispositif de chômage intempéries aux incendies exceptionnels de Gironde et des Landes.
Le ministère du Travail recommande donc aux entreprises affiliées à ce régime de privilégier ce dispositif, qui n’est pas cumulable avec l’activité partielle.
Les entreprises non affiliées à la CIBTP peuvent, quant à elles, déposer une demande d’activité partielle selon les règles décrites ci-dessus.
Face à une situation d’incendie ou à ses conséquences, nous vous conseillons de :
En pratique, la qualité du dossier présenté à l’administration, la conservation des justificatifs et la traçabilité des mesures de prévention mises en place constituent aujourd’hui les éléments essentiels pour obtenir une prise en charge rapide et limiter les risques de remise en cause ultérieure.
Afin de ne pas faire d’impairs dans la formalisation de son déploiement, n’hésitez pas à vous rapprocher de votre expert-comptable. Notre partenaire juridique Oratio Avocats se tient également à votre disposition pour sécuriser vos démarches.
Oui.
Les salariés titulaires d’un contrat d’apprentissage ou d’un contrat de professionnalisation peuvent bénéficier de l’activité partielle dès lors que leur entreprise remplit les conditions d’accès au dispositif.
Le ministère du Travail précise que les entreprises de travail temporaire peuvent placer en activité partielle les salariés intérimaires mis à disposition d’entreprises elles-mêmes placées en activité partielle du fait des incendies.
En revanche, lorsqu’un salarié intérimaire est isolément empêché de rejoindre son lieu de mission et que son absence n’affecte pas l’activité de l’entreprise utilisatrice, l’activité partielle n’est pas ouverte.
Elle peut être envisagée lorsqu’un nombre important d’intérimaires est concerné et que leur absence rend impossible le fonctionnement normal de l’entreprise.