Valérie Rousseau
Responsable prospective et stratégie expertise sociale
Le Gouvernement a présenté le 1er octobre 2026 les projets de loi de finances (PLF) et de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2027. Bien que ces textes n’en soient qu’au début de leur parcours parlementaire, ils dessinent déjà une tendance nette, marquée par la réduction de certaines dépenses publiques et le recentrage des dispositifs d’exonération. Certaines mesures destinées à soutenir l’emploi et le pouvoir d’achat seraient néanmoins maintenues.
Quelles conséquences ces orientations pourraient-elles avoir sur le coût du travail, les charges des employeurs et la rémunération des salariés ? Tour d’horizon des principales évolutions dès maintenant à surveiller.
C’est sans doute la mesure la plus sensible pour les entreprises en matière de paie et de gestion des départs. Aujourd’hui, les indemnités de licenciement, de rupture conventionnelle, de mise à la retraite ou encore certaines indemnités versées dans le cadre d’un contentieux bénéficient de plafonds d’exonération variables selon leur nature.
Le Gouvernement souhaite remplacer ces multiples mécanismes par une règle unique.
Le PLF prévoit que les indemnités bénéficiant aujourd’hui d’un régime fiscal de faveur ne soient exonérées d’impôt sur le revenu que dans la limite d’un plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS). Le PLFSS reprend la même logique sur le plan social.
Concrètement, à compter du 1er janvier 2027 :
À titre indicatif, en prenant le PASS 2026 comme référence, ce plafond s’élève à 48 060 €. Toute fraction excédentaire deviendrait soumise à impôt, cotisations et contributions sociales.
La réforme viserait notamment :
Les entreprises devront revoir leurs simulations financières lors des ruptures conventionnelles, départs négociés, restructurations ou départs de dirigeants. Pour certains cadres et dirigeants, le coût fiscal et social pourrait devenir nettement plus élevé qu’aujourd’hui.
Cette réforme est moins visible mais pourrait être l’une des plus coûteuses pour les employeurs. Le PLFSS prévoit de modifier les règles de calcul de la réduction générale dégressive unique de cotisations patronales (RGDU), anciennement appelée réduction Fillon.
Aujourd’hui, la rémunération prise en compte repose principalement sur le salaire soumis à cotisations. Demain, pourraient être intégrés :
Ces éléments seraient utilisés pour vérifier si le salarié reste sous le plafond de 3 Smic ouvrant droit à la réduction et pour calculer le coefficient de réduction.
Cette mesure pourrait avoir un double effet :
Le résultat serait une baisse du montant des allégements de cotisations patronales.
Depuis plusieurs années, les pouvoirs publics encouragent l’intéressement, la participation et la PPV. Avec cette réforme, les entreprises qui distribuent ces dispositifs pourraient perdre une partie des allégements de charges dont elles bénéficient aujourd’hui.
Les PME ayant développé des dispositifs d’épargne salariale seront particulièrement attentives à cette évolution.
Le Gouvernement ne remet pas en cause la PPV, mais il souhaite en modifier certains avantages.
Pour les entreprises de moins de 50 salariés versant une PPV à des salariés rémunérés moins de 3 Smic, le régime renforcé serait prolongé jusqu’au 31 décembre 2027. La prime resterait donc exonérée de cotisations sociales, de CSG et de CRDS.
En revanche, l’exonération d’impôt sur le revenu ne serait pas reconduite. La PPV deviendrait donc imposable, sauf si le salarié décide de l’affecter à un dispositif d’épargne salariale ou d’épargne retraite dans les conditions prévues par la réglementation.
Le PLFSS prévoit également que les plafonds d’exonération, actuellement fixés à 3 000 € ou 6 000 € selon les situations, soient déterminés ultérieurement par décret. Il conviendra de rester attentif à la sortie des textes d’application.
Parmi les mesures favorables aux salariés, la prime carburant figure en bonne place.
Pour les revenus 2026, le PLF prévoit :
Le projet prévoit également une suspension temporaire de la condition liée à l’absence de transports en commun. Ainsi, les salariés utilisant leur véhicule personnel pourraient bénéficier du dispositif même lorsqu’une offre de transport collectif existe.
Le cumul avec la prise en charge des abonnements aux transports publics serait également maintenu.
Pour de nombreuses entreprises situées en zone rurale ou périurbaine, cette mesure pourrait constituer un levier intéressant de soutien au pouvoir d’achat.
Le PLF poursuit les réformes engagées depuis plusieurs mois concernant les arrêts de travail.
Les indemnités journalières versées aux personnes atteintes d’une affection de longue durée (ALD) sont aujourd’hui totalement exonérées d’impôt sur le revenu. Le PLF prévoit qu’elles deviennent imposables à hauteur de 50 % de leur montant.
Les indemnités journalières d’accident du travail et de maladie professionnelle sont actuellement exonérées d’impôt à hauteur de 50 %. Le projet prévoit leur imposition intégrale.
Cette évolution aura des conséquences directes pour les salariés concernés mais également pour les employeurs pratiquant la subrogation.
Toujours dans une logique de rapprochement entre revenus d’activité et revenus de remplacement, le Gouvernement prévoit de relever le taux de CSG applicable aux IJSS maladie et aux IJSS accident du travail et maladie professionnelle. Le taux passerait de 6,2 % à 9,2 %.
Les indemnités maternité, paternité et adoption conserveraient en revanche le taux actuel de 6,2 %.
Bonne nouvelle pour les salariés comme pour les employeurs. Le mécanisme de rachat des jours de RTT pourrait devenir permanent.
Depuis 2022, les salariés peuvent, avec l’accord de leur employeur, renoncer à certains jours de repos en échange d’une rémunération majorée. Le dispositif devait prendre fin le 31 décembre 2026.
Le PLFSS prévoit de l’inscrire durablement dans le Code du travail.
Les avantages actuels seraient maintenus :
Cette mesure offrirait une souplesse appréciable aux entreprises confrontées à des difficultés de recrutement ou à des pics d’activité.
La réforme du compte personnel de formation se confirme. Le Gouvernement souhaite orienter davantage les financements vers les formations répondant aux besoins du marché de l’emploi.
Avant d’utiliser son CPF, le titulaire devrait préciser son projet professionnel, l’objectif poursuivi et la formation choisie.
Le reste à charge pourrait être relevé pour les formations non considérées comme prioritaires. Le montant actuellement fixé à 150 € pourrait atteindre 350 € dans certaines situations.
Le projet prévoit que certaines dispositions s’appliquent aux demandes formulées à compter du 1er octobre 2026.
Dans un contexte budgétaire contraint, l’apprentissage demeure une priorité. Le Gouvernement prévoit :
Une plateforme nationale de l’alternance devrait également simplifier les démarches administratives liées aux contrats d’apprentissage et de professionnalisation.
Le PLF prévoit une revalorisation de 2,1 % des grilles de taux neutres de prélèvement à la source. Cette actualisation vise à tenir compte de l’évolution prévisionnelle des prix.
Pour les gestionnaires de paie, il conviendra de vérifier les mises à jour des logiciels au 1er janvier 2027 et de sécuriser les paramétrages relatifs aux salariés ne disposant pas d’un taux personnalisé.
À la lecture combinée du PLF et du PLFSS 2027, une tendance se dégage. Les dispositifs liés aux arrêts de travail, aux indemnités de rupture ou aux allégements de cotisations deviennent moins favorables.
À l’inverse, les mesures soutenant l’activité, l’apprentissage, la mobilité domicile-travail ou le rachat de RTT sont maintenues, voire renforcées.
Pour les employeurs, trois dossiers doivent être anticipés dès maintenant :
Pour les responsables RH et paie, les enjeux de simulation budgétaire et d’adaptation des paramétrages seront particulièrement importants dans les prochains mois.
Attention
À ce stade, il s’agit encore de projets de loi. Le PLF et le PLFSS 2027 ont été déposés à l’Assemblée nationale le 1er octobre 2026 et peuvent évoluer significativement au cours des débats parlementaires avant leur adoption définitive prévue d’ici la fin de l’année 2026.