Claire Chevalier
Associé avocat - Oratio Avocats
En droit français, un employeur met normalement fin à un contrat de travail à durée indéterminée par un licenciement, et un salarié par une démission. Depuis 2008, la France prévoit également un mécanisme de résiliation d’un commun accord spécifique et très réglementé : la rupture conventionnelle. Il ne s’agit ni d’une démission ni d’un licenciement. Il s’agit d’un départ négocié, formalisé dans un accord réglementaire et soumis à une validation administrative.
Cette distinction est importante : en dehors de ce cadre légal, un accord dit de « rupture conventionnelle » peut être considéré comme un licenciement abusif, avec les risques habituels qui en découlent.
Lorsqu’elle est correctement mise en œuvre, le salarié reste généralement éligible aux allocations chômage, tandis que l’employeur bénéficie d’une procédure structurée qui réduit le risque de contestation par le salarié devant un Conseil de prud’hommes
La rupture conventionnelle n’est applicable qu’aux contrats de travail à durée indéterminée. Elle ne peut être conclue pendant la période d’essai et ne s’applique pas aux contrats à durée déterminée, aux travailleurs intérimaires ou aux apprentis. Elle peut toutefois être utilisée pendant la suspension du contrat de travail, par exemple en cas de congé de maladie ou de maternité, à condition que le consentement du salarié soit véritablement libre et éclairé.
Dans la pratique, le processus commence par une ou plusieurs réunions entre l’employeur et le salarié. Les parties négocient les conditions essentielles, notamment la date de cessation d’emploi et l’« indemnité de départ spécifique ». Cette indemnité doit être au moins égale à l’indemnité légale due en cas de licenciement ou d’un montant supérieur si la convention collective applicable prévoit davantage. Dans de nombreux cas, les employeurs acceptent de verser plus que le minimum pour garantir un départ en bonne entente et prévisible.
Après la signature, les deux parties disposent d’un délai de réflexion légal de 15 jours calendaires pendant lequel elles peuvent se rétracter. Une fois ce délai écoulé, l’accord doit être déposé en ligne via le site web TÉLÉRC. Les dépôts sur papier ne sont plus traités. L’administration du travail dispose alors de 15 jours ouvrables pour examiner le dossier ; si elle ne répond pas dans ce délai, l’approbation est réputée accordée. Le contrat de travail peut prendre fin dès le lendemain de l’homologation, expresse ou tacite. En pratique, il faut compte un minimum de six (6) semaines entre la signature et la date effective de fin du contrat de travail pour mener la procédure à son terme.
Le traitement fiscal et social des indemnités de rupture est technique et doit être évalué avant que les chiffres ne soient finalisés. En pratique, le coût global pour l’employeur peut différer sensiblement du montant de l’indemnité de rupture conventionnelle.
D’un point de vue fiscal, l’indemnité de rupture conventionnelle est soumise au même régime que l’indemnité de licenciement. Elle est exonérée d’impôt sur le revenu à concurrence du montant le plus élevé entre : le montant de l’indemnité prévu par la loi ou la convention collective applicable ; 50 % du montant total de l’indemnité de rupture conventionnelle versée ; ou le double de la rémunération annuelle brute du salarié pour l’année civile précédant la cessation d’emploi, plafonnée à la somme de 288 360 euros en 2026.
Du point de vue de la sécurité sociale, l’indemnité de rupture conventionnelle est exonérée de cotisations sociales pour la partie exonérée d’impôt sur le revenu, dans la limite du double du plafond annuel de la sécurité sociale, soit 96 120 euros pour 2026. Elle est toutefois soumise à CSG/CRDS pour la partie excédent le montant de l’indemnité de rupture conventionnelle. Tout excédent est soumis aux cotisations sociales. Dans tous les cas, si l’indemnité de départ dépasse dix (10) fois le plafond annuel de la sécurité sociale, elle est intégralement soumise aux cotisations sociales.