Pour beaucoup de salariés en bonne santé, la visite médicale du travail est souvent un acte banalisé et peu fréquent. Cependant, les visites médicales du travail ne se limitent pas à la visite réalisée lors de l’embauche. Elles accompagnent le salarié tout au long de sa vie professionnelle : prise de poste, exposition à des risques particuliers, retour après une absence, prévention de la désinsertion professionnelle ou encore fin de carrière.

Certaines visites doivent être organisées par l’employeur. D’autres peuvent être demandées par le salarié, l’employeur ou le médecin du travail. Depuis le 15 juin 2026, les règles relatives aux visites de préreprise et de reprise ont par ailleurs été assouplies.

Voici l’essentiel à connaître pour sécuriser vos pratiques.

 

Les visites médicales du travail, en bref

Type de visite

Quand intervient-elle ?

Quel est son objectif ?

Obligatoire

Visite d’information et de prévention (VIP)

  • En principe, dans les trois mois suivant la prise effective du poste et ensuite tous les 5 ans.
  • Elle doit intervenir avant l’affectation au poste dans certaines situations, notamment pour les travailleurs de nuit et les salariés mineurs.

Vérifier l’état de santé du salarié et l’informer des risques liés à son poste et des moyens de prévention.

Oui

Examen médical d’aptitude dans le cadre du suivi individuel renforcé (SIR)

  • Avant l’affectation à un poste présentant des risques particuliers, puis selon une périodicité déterminée dans le cadre du suivi médical.
  • Renouvellement de l’examen médical d’aptitude au maximum tous les 4 ans, avec une visite intermédiaire réalisée par un professionnel de santé au plus tard 2 ans après la visite avec le médecin du travail.

Vérifier la compatibilité de l’état de santé du salarié avec le poste auquel il est affecté.

Oui

Visite médicale périodique

  • Selon une périodicité fixée en fonction de la situation du salarié, de ses conditions de travail, de son âge, de son état de santé et des risques professionnels auxquels il est exposé.
  • Au maximum tous les 5 ans pour les salariés bénéficiant d’un suivi individuel simple. Pour certaines catégories (travailleurs de nuit, travailleurs handicapés, titulaires d’une pension d’invalidité, etc.), la périodicité maximale est de 3 ans.

Assurer un suivi adapté de l’état de santé du salarié tout au long de son activité professionnelle.

Oui

Visite de reprise

  • Après un arrêt de travail de plus de 60 jours pour maladie, accident du travail ou maternité.
  • Pas de périodicité. Elle intervient à chaque situation ouvrant droit à une reprise (maternité, maladie professionnelle, accident du travail ou maladie/accident avec durée d’absence suffisante).

Vérifier que le salarié est apte à reprendre son poste ou proposer des aménagements.

Oui

Visite à la demande

  • À tout moment, à la demande du salarié ou de l’employeur.
  • Aucune périodicité. Peut être sollicitée à tout moment.

Répondre à des préoccupations spécifiques concernant la santé au travail.

Non

Visite de préreprise

  • Pendant un arrêt de travail de longue durée, à la demande du médecin traitant, du médecin conseil ou du salarié.
  • Pas de périodicité. Elle peut être organisée pendant chaque arrêt de travail de plus de 30 jours.

Préparer le retour au travail et envisager des aménagements si nécessaire.

Non

Visite médicale de mi-carrière

  • Autour du 45ème anniversaire du salarié, ou à une autre échéance déterminée par un accord de branche.
  • Une seule visite, en principe au cours de l’année civile des 45 ans du salarié

Vérifier si l’état de santé du salarié est toujours compatible avec son poste. Prévenir les risques professionnels et adapter les conditions de travail si nécessaire.

Oui

Visite médicale de fin de carrière

  • Pour les salariés partant à la retraite depuis le 1er octobre 2021 et ayant été exposés à des risques particuliers (amiante, rayonnements, etc.).
  • Une seule visite à la cessation de l’exposition au risque concerné ou avant le départ à la retraite lorsque l’exposition est toujours en cours.

Faire un bilan des expositions aux risques professionnels tout au long de la carrière du salarié. Organiser un suivi médical post-professionnel pour prévenir les maladies liées à ces expositions.

Oui

Contre-visite médicale mandatée par l’employeur

Possible à tout moment de l’arrêt de travail.

Se prononcer sur le caractère justifié de l’arrêt de travail, y compris sa durée.

Non

 

Visite de reprise : dans quels cas est-elle obligatoire ?

L’employeur doit organiser une visite de reprise après :

  • un congé de maternité ;
  • une absence pour maladie professionnelle, quelle que soit sa durée ;
  • une absence d’au moins 60 jours consécutifs à un accident du travail ;
  • une absence d’au moins 60 jours consécutifs à une maladie ou à un accident non professionnel.

La visite doit être organisée le jour de la reprise effective du travail ou, au plus tard, dans les huit jours qui suivent. Elle permet au médecin du travail d’apprécier si le salarié peut reprendre son poste et, le cas échéant, de proposer un aménagement du poste ou du temps de travail.

Point de vigilance

Certaines conventions collectives peuvent prévoir une visite de reprise après une absence plus courte que les seuils réglementaires (propreté, BTP…).

L’employeur doit donc vérifier les dispositions conventionnelles applicables à l’entreprise. Le support interne relatif à l’arrêt de la Cour de cassation du 6 mai 2026 rappelle qu’un seuil conventionnel plus favorable peut continuer à s’appliquer.

Depuis le 15 juin 2026, une visite de préreprise peut éviter une nouvelle visite de reprise.

Pour les arrêts de travail prescrits à compter du 15 juin 2026, la visite de reprise peut ne pas être organisée lorsque les conditions suivantes sont cumulativement réunies :

  • le salarié a bénéficié d’une visite de préreprise dans les 30 jours précédant son retour effectif au travail ;
  • le médecin du travail n’a préconisé, au cours de cette visite, aucune mesure d’aménagement, d’adaptation ou de transformation du poste ou du temps de travail ;
  • aucune visite de reprise n’est demandée par le salarié, l’employeur ou le médecin du travail.

Ainsi, lorsqu’une visite de préreprise très récente a permis d’anticiper le retour du salarié et qu’aucune mesure particulière n’a été jugée nécessaire, une seconde visite peut être évitée.

Cette dispense n’est donc pas automatique. Dès lors que l’une des conditions n’est pas remplie, ou que le salarié, l’employeur ou le médecin du travail demande une visite, la visite de reprise doit être organisée.

Le service de prévention et de santé au travail doit également informer l’employeur de l’organisation de la visite de préreprise, sauf opposition du salarié. L’employeur a donc intérêt à conserver une trace des informations reçues afin de déterminer si une visite de reprise demeure nécessaire.

 

La visite de préreprise : anticiper le retour au travail

La visite de préreprise peut être organisée pendant un arrêt de travail de plus de 30 jours. Elle a pour objet de préparer le retour du salarié dans de bonnes conditions et de favoriser son maintien dans l’emploi.

Elle peut notamment permettre au médecin du travail de recommander :

  • un aménagement ou une adaptation du poste ;
  • un aménagement du temps de travail ;
  • des mesures de reclassement ;
  • une formation facilitant un reclassement ou une réorientation professionnelle.

L’employeur doit informer le salarié de la possibilité de solliciter cette visite, notamment à l’occasion du rendez-vous de liaison qui peut être organisé pendant certains arrêts de longue durée.

La visite de préreprise ne doit pas être confondue avec la visite de reprise. Elle intervient pendant l’arrêt de travail et prépare le retour, alors que la visite de reprise intervient, en principe, lors de la reprise effective du travail.

 

La visite à la demande : une possibilité ouverte à tout moment

Indépendamment des visites obligatoires, le salarié peut demander à rencontrer le médecin du travail à tout moment. Il peut effectuer cette démarche lorsqu’il estime que son état de santé, ses conditions de travail ou les caractéristiques de son poste nécessitent un avis médical.

L’employeur peut également solliciter une visite lorsqu’il constate une difficulté susceptible d’avoir une incidence sur le travail du salarié. Cette démarche ne lui donne toutefois pas accès aux informations médicales du salarié.

Le salarié ne peut faire l’objet d’aucune sanction pour avoir demandé une visite auprès du médecin du travail.

 

La contre-visite médicale demandée par l’employeur : un dispositif distinct

La contre-visite médicale ne constitue pas une visite de médecine du travail. Il s’agit d’un contrôle demandé par l’employeur lorsqu’il verse un complément de salaire pendant l’arrêt de travail.

Le médecin mandaté vérifie si l’arrêt est médicalement justifié, y compris dans sa durée. Lorsque le contrôle conclut que l’arrêt n’est pas justifié, ou lorsque le contrôle n’a pas pu être réalisé pour un motif imputable au salarié, l’employeur peut, sous certaines conditions, suspendre le complément de salaire.

Ce dispositif doit donc être distingué des visites organisées par le service de prévention et de santé au travail, dont l’objectif est la prévention des risques professionnels et le suivi de la santé du salarié.

 

Obligations de l’employeur quant aux visites médicales non obligatoires

Même pour les visites médicales non obligatoires, l’employeur a certaines responsabilités :

Organiser les visites obligatoires

L’organisation du suivi médical fait partie des obligations de l’employeur en matière de santé et de sécurité. Il doit adhérer à un service de prévention et de santé au travail, déclarer les salariés concernés et s’assurer de l’organisation effective des visites requises.

 

Permettre au salarié de se rendre aux visites

Le temps consacré aux visites et examens médicaux obligatoires est pris sur les heures de travail, sans retenue de salaire. Lorsque la visite ne peut pas avoir lieu pendant le temps de travail, le temps nécessaire doit être rémunéré comme du temps de travail effectif.

Les frais de transport nécessaires à la réalisation de la visite sont pris en charge par l’employeur.

 

Prendre en compte les préconisations du médecin du travail

Lorsque le médecin du travail propose un aménagement du poste ou du temps de travail, l’employeur doit examiner ces recommandations. S’il refuse de les appliquer, il doit expliquer par écrit au salarié et au médecin du travail les raisons qui s’opposent à leur mise en œuvre.

 

Respecter le secret médical

L’employeur ne reçoit pas le dossier médical du salarié et n’a pas accès aux informations relatives à son état de santé. Il reçoit uniquement les avis, attestations ou propositions nécessaires à la gestion de la situation professionnelle.

 

Nos recommandations

Pour sécuriser le suivi médical de vos salariés :

  • mettez à jour votre procédure de gestion des retours d’arrêt de travail, en distinguant les seuils de 30 et 60 jours ;
  • vérifiez les dispositions de votre convention collective, qui peuvent imposer une visite dans des situations plus favorables au salarié ;
  • informez les salariés en arrêt depuis plus de 30 jours de la possibilité de demander une visite de préreprise ;
  • conservez la trace des informations transmises par le service de prévention et de santé au travail, notamment lorsqu’une visite de préreprise a été organisée ;
  • vérifiez les trois conditions de dispense avant de renoncer à une visite de reprise ;
  • formalisez par écrit les suites données aux préconisations du médecin du travail ;
  • préservez strictement la confidentialité des informations médicales.

À retenir

La visite de préreprise peut désormais simplifier le retour du salarié, mais elle ne dispense de la visite de reprise que dans des conditions précises. L’employeur doit donc assurer une traçabilité rigoureuse de chaque situation.

N’hésitez pas à vous rapprocher de votre contact habituel Baker Tilly pour vérifier les obligations applicables à votre entreprise et sécuriser l’organisation des visites médicales de vos salariés.

 

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Auteur

stephanie loison

Stéphanie Loison

Manager Expertise RH et sociale