Souvent perçu comme un sujet technique, le fractionnement des congés payés a des conséquences très concrètes en matière de gestion des congés et de paie. De nombreuses entreprises l’applique sans toujours en maîtriser toutes les conséquences juridiques et financières.

En effet, le simple fait qu’un salarié prenne une partie de ses congés en dehors de la période estivale peut générer des jours supplémentaires. Ces droits doivent être convenablement calculés, suivis et, le cas échéant, rémunérés. À défaut, des erreurs de paie, des régularisations ou des contestations peuvent survenir.

Cet article propose de clarifier les règles applicables, de répondre aux principales questions et de vous donner des repères concrets pour sécuriser vos pratiques.

 

Qu’est-ce que le fractionnement des congés payés ?

Le congé de fractionnement s’inscrit dans les règles générales des congés payés.

La loi prévoit d’abord que tout salarié acquiert 2,5 jours ouvrables de congés payés par mois de travail, soit 30 jours ouvrables sur une année complète, ce qui correspond à cinq semaines.

Cependant, le salarié ne peut pas prendre ces cinq semaines d’affilée. En effet, la loi limite la durée des congés pris en une seule fois à 24 jours ouvrables maximum, sauf cas particuliers.

Cela signifie que les congés doivent être pris en au moins deux périodes :

  • une période principale, appelée congé principal, qui peut aller jusqu’à 24 jours ouvrables (4 semaines) ;
  • une autre période correspondant à la cinquième semaine, qui doit être prise séparément.

Ensuite, il faut comprendre que le congé principal lui-même peut être divisé en plusieurs périodes. Par exemple, un salarié peut prendre deux semaines en été et deux semaines plus tard dans l’année. On parle alors de fractionnement du congé principal.

C’est ce fractionnement qui peut ouvrir droit à des jours de congés supplémentaires, appelés congés de fractionnement.

Plus précisément, lorsqu’une partie du congé principal n’est pas prise pendant la période habituelle (qui va généralement du 1er mai au 31 octobre), le salarié peut bénéficier de jours en plus.

 

Quels salariés sont concernés ?

En principe, tous les salariés ayant acquis des congés payés sont concernés par les règles de fractionnement. Cela inclut les salariés à temps plein comme à temps partiel, quelle que soit leur ancienneté.

Cependant, il convient d’être attentif à plusieurs points :

  • Certaines conventions collectives prévoient des règles spécifiques qui peuvent supprimer ou adapter le droit aux jours de fractionnement.
  • Un accord d’entreprise peut également organiser différemment la prise des congés et les droits associés.
  • Enfin, le salarié peut renoncer individuellement à ses droits, sous certaines conditions.

En pratique, il est donc indispensable de ne pas appliquer automatiquement la règle légale sans avoir vérifié votre environnement conventionnel.

 

Quand le fractionnement ouvre-t-il droit à des jours supplémentaires ?

Le droit à des jours supplémentaires dépend du nombre de jours du congé principal pris en dehors de la période du 1er mai au 31 octobre.

Le raisonnement doit être progressif :

  1. On identifie les jours relevant du congé principal (les 24 premiers jours ouvrables).
  2. On regarde combien de ces jours sont pris en dehors de la période légale.
  3. On applique la règle de calcul.

Ainsi :

  • Si le salarié prend entre 3 et 5 jours ouvrables de congé principal hors période, il bénéficie de 1 jour ouvrable supplémentaire.
  • S’il prend au moins 6 jours ouvrables hors période, il bénéficie de 2 jours ouvrables supplémentaires.

Il est important de préciser que :

  • La 5e semaine de congés payés est exclue du calcul. Elle ne peut jamais générer de jours de fractionnement.
  • Les jours supplémentaires ne sont pas automatiques si le salarié a donné son accord pour y renoncer.

Cette étape est essentielle, car elle conditionne directement le compteur de congés du salarié.

 

Comment sont payés les jours de fractionnement ?

Les jours de congés accordés au titre du fractionnement sont indemnisés dans les mêmes conditions que les autres congés payés. Ainsi, lorsque le salarié les prend, il perçoit une indemnité de congés payés correspondante.

En cas de rupture du contrat de travail, les jours de fractionnement qui n’ont pas été pris doivent être intégrés dans le calcul de l’indemnité compensatrice de congés payés.

 

L’employeur peut-il éviter l’octroi de ces jours ?

Oui, mais cela nécessite une sécurisation juridique.

L’employeur peut écarter le droit aux jours de fractionnement dans deux situations principales :

 

Par accord collectif

Un accord d’entreprise ou une convention collective peut prévoir la suppression des jours de fractionnement ou des modalités différentes. Dans ce cas, ce sont ces dispositions qui s’appliquent, à condition qu’elles soient valides et en vigueur.

 

Par renonciation du salarié

Le salarié peut renoncer individuellement à ses droits à jours supplémentaires. Cette renonciation doit être volontaire, claire et sans ambiguïté.

En pratique, il est fortement recommandé de formaliser cette renonciation par écrit, par exemple, via une mention spécifique dans la demande de congés, ou via un document interne signé. Sans preuve de cette renonciation, l’employeur reste tenu d’accorder les jours supplémentaires.

 

Quels sont les risques en cas de mauvaise application ?

Les risques sont à la fois juridiques et financiers.

  • Sur le plan individuel, le salarié peut réclamer ses jours de fractionnement non accordés, avec, si nécessaire, un rappel de salaire associé.
  • Sur le plan collectif, plusieurs salariés peuvent être concernés, ce qui amplifie le coût. Un contrôle (inspection du travail, audit interne, etc.) peut également mettre en évidence des erreurs généralisées.
  • Sur le plan contentieux, le fractionnement est un sujet souvent retenu par les juges, car les règles sont objectives et vérifiables. L’absence de preuve de renonciation joue en défaveur de l’employeur.

 

Comprendre le fractionnement à travers 4 exemples

Situation

Analyse

Résultat

Un salarié dispose de 24 jours ouvrables de congé principal. Il prend 18 jours en juillet puis 6 jours en septembre.

L’intégralité du congé principal est donc prise entre le 1er mai et le 31 octobre.

Aucun jour de fractionnement accordé, car aucun jour n’est pris en dehors de la période légale.

Un salarié prend 20 jours de congé principal entre mai et octobre. Il lui reste 4 jours qu’il pose en novembre.

Le salarié prend donc entre 3 et 5 jours du congé principal en dehors de la période légale.

1 jour de congé supplémentaire pour fractionnement.

Un salarié prend 18 jours de congé principal en été. Il lui reste 6 jours qu’il prend après le 31 octobre (par exemple en décembre).

Le salarié prend donc au moins 6 jours du congé principal hors période légale.

2 jours de congés supplémentaires pour fractionnement.

Un salarié dispose de 11 jours de congés en reliquat (année précédente) et de 24 jours de congé principal (année en cours). Il prend 23 jours au total entre mai et octobre.

Une partie des congés pris correspond au reliquat, qui n’est pas pris en compte pour le calcul du fractionnement. Au final, seuls 12 jours de congé principal ont été pris pendant la période légale. Il reste donc 12 jours de congé principal à prendre après le 31 octobre.

2 jours de fractionnement accordés, car au moins 6 jours du congé principal sont pris hors période légale.

 

💡 À retenir

Le droit au fractionnement dépend toujours :

  • uniquement des 24 jours du congé principal
  • du nombre de jours pris hors période (mai–octobre)
  • et non du total des congés ou des reliquats

Préconisations pratiques

Pour sécuriser la gestion du fractionnement, il est recommandé d’abord de définir des règles internes claires concernant la prise des congés (période, contraintes et gestion du fractionnement). Cela permet d’éviter les interprétations et d’harmoniser les pratiques.

Ensuite, si l’entreprise souhaite limiter les jours de fractionnement, elle doit formaliser la renonciation du salarié, de préférence par écrit et en conservant une trace, car une simple pratique informelle n’est pas suffisante en cas de contrôle.

Il est également essentiel de suivre précisément les compteurs de congés via un outil fiable (SIRH ou paie), afin d’identifier les périodes de prise et les éventuels droits à fractionnement, et de réduire les risques d’erreur.

Par ailleurs, les managers/responsables d’équipes doivent être sensibilisés, car leurs décisions d’organisation des congés peuvent avoir un impact direct sur les droits des salariés et sur la paie.

Enfin, il est indispensable de vérifier la convention collective, certaines pouvant prévoir des règles spécifiques, voire supprimer le droit au fractionnement.

 

Le fractionnement des congés payés est un mécanisme simple en apparence, mais qui nécessite une grande rigueur dans son application. Une bonne organisation, des règles claires et une traçabilité des décisions permettent d’éviter la majorité des risques.

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Nos gestionnaires de paie et consultants SIRH sont à votre disposition pour tout échange concernant ces démarches. N’hésitez pas à consulter également les équipes de notre partenaire Oratio Avocats pour tout appui juridique en lien avec ce sujet.

Auteur

valerie rousseau

Valérie Rousseau

Responsable prospective et stratégie expertise sociale