Premier secteur employeur de France, le commerce de détail représente près de 2 millions de salariés, selon l’Insee. Un tel volume d’emplois associé à des organisations multi-sites, à des métiers très variés, tels que la caisse, le drive, la logistique, le e-commerce et à une pression constante sur les coûts fait de la data RH un levier stratégique au même titre que la data client ou la data supply chain. Encore faut-il savoir en quoi elle consiste concrètement, quels outils permettent de la structurer, quelles obligations légales s’imposent aux employeurs et comment en tirer de la valeur au-delà du simple reporting ? 

Dans la distribution, la data RH n’est plus un sujet réservé aux équipes administratives. Elle est devenue un outil d’exploitation à part entière. Quand un commerce se retrouve en sous-effectif lors d’un pic d’activité, quand un entrepôt multiplie les remplacements de dernière minute, quand deux sites rémunèrent différemment un même poste sans pouvoir l’expliquer, les conséquences ne restent pas dans les couloirs RH. Elles se voient en caisse, dans la qualité de service, dans la productivité et dans le climat social. 

Quels sont les outils de la data RH ?

Il ne faut pas voir la data RH comme une addition de logiciels séparés. Le vrai enjeu n’est pas d’avoir beaucoup d’outils, mais de s’assurer que les données circulent correctement entre elles. Il faut pouvoir relier, de façon fiable, les informations du dossier salarié, la paie, le temps de travail, les absences, les primes et les données de chaque magasin ou établissement. Si ces données sont bien exploitées, elles permettent de mieux comprendre ce qui se passe sur le terrain et d’agir avant que les difficultés n’affectent l’activité ou la satisfaction client. 

Le point de départ est le SIRH qui centralise les informations de base : contrats, salaires, absences, formations. L’outil offre une vision d’ensemble et permet de comparer les situations entre chaque établissement ; une vision qui reste néanmoins partielle si elle n’est pas reliée aux données du terrain. 

Les outils de gestion des temps et des plannings apportent cette lecture opérationnelle. Ils montrent concrètement comment fonctionne chaque établissement : heures réellement travaillées, absences, remplacements ou heures supplémentaires. Par exemple,  une hausse rapide de l’absentéisme ne relève pas seulement des RH, elle se traduit immédiatement par moins de caisses ouvertes, des équipes sous tension et, à terme, à davantage de départs. 

Le turnover suit la même logique. Souvent considéré comme inévitable, il représente un coût réel de recrutement, de formation et de perte de productivité. En croisant les données de départs avec les horaires, les périodes d’activité ou les profils concernés, l’entreprise peut identifier les causes précises plutôt que de subir une rotation constante. 

Lorsque ces informations sont structurées et partagées, la data RH ne sert plus seulement à constater. Elle permet d’anticiper, d’ajuster l’organisation et de piloter plus finement la performance d’un magasin ou d’un réseau.

Dans ce contexte, faire appel à un cabinet expert en data RH permet de structurer, fiabiliser et croiser efficacement les données sociales et opérationnelles afin de transformer l’information en leviers décisionnels concrets au service de la performance.

Les obligations réglementaires : des contraintes qui forcent à bien structurer 

Obligatoire à partir de 50 salariés, la BDESE (base de données économiques, sociales et environnementales) s’apprécie au niveau global de l’entreprise. C’est un outil qui permet de consolider des données sociales, parfois éparpillées entre magasins, entrepôts et siège. Bien construite, elle permet de suivre le recours à l’intérim en période de pics ou encore les heures supplémentaires sur les grandes séquences commerciales (soldes, Black Friday), et ainsi d’anticiper les tensions sociales avant qu’elles n’éclatent. 

L’index de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes doit être obligatoirement publié avant le 1er mars de chaque année par les entreprises d’au moins 50 salariés. Dans la distribution, les écarts constatés s’expliquent souvent par la structure même des métiers : une forte présence féminine sur les postes de caisse ou d’accueil, une majorité d’hommes dans certaines fonctions techniques ou d’encadrement, et des différences dans les éléments de rémunération liés aux postes occupés. L’index permet de mettre ces situations en évidence et d’identifier plus clairement où agir pour rééquilibrer les pratiques. 

La directive sur la transparence des rémunérations : l’échéance 2026  

La directive européenne sur la transparence des rémunérations devra être appliquée en droit français d’ici le 7 juin 2026. Elle impose aux entreprises plus de clarté sur la manière dont elles fixent les salaires. Concrètement, elles devront être capables d’expliquer avec des éléments précis pourquoi deux postes comparables ne sont pas rémunérés de la même façon. Cela suppose de s’appuyer sur des données fiables pour démontrer que les écarts sont justifiés, objectifs et non sexistes.

Un enjeu particulier pour la distribution 

La distribution est particulièrement exposée, car elle cumule plusieurs facteurs de complexité. Les métiers sont hétérogènes et les pratiques locales de rémunération varient d’un site à l’autre. Les variables sont nombreuses et leurs règles d’attribution parfois peu formalisées.

Un exemple pour mieux comprendre

Dans un réseau de supermarchés, l’analyse des données RH révèle un écart de rémunération de plus de 5 % entre deux magasins pour le même poste de responsable de rayon. Avec la directive 2026, l’entreprise devra être en mesure d’expliquer cet écart ou de le corriger en s’appuyant sur des critères objectifs comme la complexité du rayon, le volume d’activité, les compétences requises ou encore l’ancienneté. Sans une data RH structurée et homogène entre sites, cette démonstration est impossible. 

Le risque n’est pas d’avoir un écart injustifié, mais de ne pas savoir expliquer un écart pourtant légitime faute de données homogènes, de catégories de postes comparables ou de critères de différenciation formalisés.

Le BSI : rendre visible ce que le salarié ne voit pas

Dans la distribution, le turnover avoisine les 15 % et dépasse les 25 % en grande distribution. Chaque départ coûte cher : entre 6 mois et 1 an de salaire, en tenant compte du recrutement, de la formation et de la perte de productivité. La fidélisation des salariés ne se joue donc pas uniquement sur le salaire fixe, mais sur la perception que le salarié a de la valeur globale que lui offre son employeur. 

C’est là qu’intervient le bilan social individuel (BSI). Ce document personnalisé présente à chaque salarié l’ensemble de sa rémunération directe et indirecte. C’est un outil de reconnaissance qui permet de valoriser des éléments souvent sous-communiqués, tels que les différentes primes, les chèques cadeaux, les formations certifiantes financées, les remises sur achats… Dans certaines entreprises, ces avantages peuvent représenter jusqu’à plusieurs milliers d’euros par an. C’est donc une information qui, si elle n’est pas communiquée clairement, n’existe pas dans l’esprit du salarié. 

Du côté des managers, c’est un support structurant pour les entretiens. Plutôt que de se limiter à la question du salaire fixe, qui reste souvent bloqué par des grilles peu flexibles, le manager peut ouvrir une conversation sur la trajectoire globale : formation, évolution, reconnaissance. Dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre sur les postes d’employés commerciaux et de préparateurs de commandes, cette conversation peut donner du sens, fidéliser et valoriser les réussites d’un salarié.

💡 À retenir

La data RH n’est donc plus un sujet de back-office. C’est un levier de pilotage, et d’ici 2026, un levier de preuve.

Un accompagnement expert

Nos équipes Conseil RH sont là pour vous accompagner dans la structuration de vos outils de gestion RH et la mise en place du BSI.  

Pour vous préparer à la directive sur la transparence des rémunérations et construire, d’ici juin 2026, un plan d’action adapté, nous vous proposons, en outre, des formations dédiées intégrant des ateliers participatifs.

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Auteur

melissa blanchard

Mélissa Blanchard

Consultante RH