Valérie Rousseau
Responsable prospective et stratégie expertise sociale
Souvent perçu comme un sujet technique, le fractionnement des congés payés a des conséquences très concrètes en matière de gestion des congés et de paie. De nombreuses entreprises l’applique sans toujours en maîtriser toutes les conséquences juridiques et financières.
En effet, le simple fait qu’un salarié prenne une partie de ses congés en dehors de la période estivale peut générer des jours supplémentaires. Ces droits doivent être convenablement calculés, suivis et, le cas échéant, rémunérés. À défaut, des erreurs de paie, des régularisations ou des contestations peuvent survenir.
Cet article propose de clarifier les règles applicables, de répondre aux principales questions et de vous donner des repères concrets pour sécuriser vos pratiques.
Le congé de fractionnement s’inscrit dans les règles générales des congés payés.
La loi prévoit d’abord que tout salarié acquiert 2,5 jours ouvrables de congés payés par mois de travail, soit 30 jours ouvrables sur une année complète, ce qui correspond à cinq semaines.
Cependant, le salarié ne peut pas prendre ces cinq semaines d’affilée. En effet, la loi limite la durée des congés pris en une seule fois à 24 jours ouvrables maximum, sauf cas particuliers.
Cela signifie que les congés doivent être pris en au moins deux périodes :
Ensuite, il faut comprendre que le congé principal lui-même peut être divisé en plusieurs périodes. Par exemple, un salarié peut prendre deux semaines en été et deux semaines plus tard dans l’année. On parle alors de fractionnement du congé principal.
C’est ce fractionnement qui peut ouvrir droit à des jours de congés supplémentaires, appelés congés de fractionnement.
Plus précisément, lorsqu’une partie du congé principal n’est pas prise pendant la période habituelle (qui va généralement du 1er mai au 31 octobre), le salarié peut bénéficier de jours en plus.
En principe, tous les salariés ayant acquis des congés payés sont concernés par les règles de fractionnement. Cela inclut les salariés à temps plein comme à temps partiel, quelle que soit leur ancienneté.
Cependant, il convient d’être attentif à plusieurs points :
En pratique, il est donc indispensable de ne pas appliquer automatiquement la règle légale sans avoir vérifié votre environnement conventionnel.
Le droit à des jours supplémentaires dépend du nombre de jours du congé principal pris en dehors de la période du 1er mai au 31 octobre.
Le raisonnement doit être progressif :
Ainsi :
Il est important de préciser que :
Cette étape est essentielle, car elle conditionne directement le compteur de congés du salarié.
Les jours de congés accordés au titre du fractionnement sont indemnisés dans les mêmes conditions que les autres congés payés. Ainsi, lorsque le salarié les prend, il perçoit une indemnité de congés payés correspondante.
En cas de rupture du contrat de travail, les jours de fractionnement qui n’ont pas été pris doivent être intégrés dans le calcul de l’indemnité compensatrice de congés payés.
Oui, mais cela nécessite une sécurisation juridique.
L’employeur peut écarter le droit aux jours de fractionnement dans deux situations principales :
Un accord d’entreprise ou une convention collective peut prévoir la suppression des jours de fractionnement ou des modalités différentes. Dans ce cas, ce sont ces dispositions qui s’appliquent, à condition qu’elles soient valides et en vigueur.
Le salarié peut renoncer individuellement à ses droits à jours supplémentaires. Cette renonciation doit être volontaire, claire et sans ambiguïté.
En pratique, il est fortement recommandé de formaliser cette renonciation par écrit, par exemple, via une mention spécifique dans la demande de congés, ou via un document interne signé. Sans preuve de cette renonciation, l’employeur reste tenu d’accorder les jours supplémentaires.
Les risques sont à la fois juridiques et financiers.
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Situation |
Analyse |
Résultat |
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Un salarié dispose de 24 jours ouvrables de congé principal. Il prend 18 jours en juillet puis 6 jours en septembre. |
L’intégralité du congé principal est donc prise entre le 1er mai et le 31 octobre. |
Aucun jour de fractionnement accordé, car aucun jour n’est pris en dehors de la période légale. |
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Un salarié prend 20 jours de congé principal entre mai et octobre. Il lui reste 4 jours qu’il pose en novembre. |
Le salarié prend donc entre 3 et 5 jours du congé principal en dehors de la période légale. |
1 jour de congé supplémentaire pour fractionnement. |
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Un salarié prend 18 jours de congé principal en été. Il lui reste 6 jours qu’il prend après le 31 octobre (par exemple en décembre). |
Le salarié prend donc au moins 6 jours du congé principal hors période légale. |
2 jours de congés supplémentaires pour fractionnement. |
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Un salarié dispose de 11 jours de congés en reliquat (année précédente) et de 24 jours de congé principal (année en cours). Il prend 23 jours au total entre mai et octobre. |
Une partie des congés pris correspond au reliquat, qui n’est pas pris en compte pour le calcul du fractionnement. Au final, seuls 12 jours de congé principal ont été pris pendant la période légale. Il reste donc 12 jours de congé principal à prendre après le 31 octobre. |
2 jours de fractionnement accordés, car au moins 6 jours du congé principal sont pris hors période légale. |
💡 À retenir
Le droit au fractionnement dépend toujours :
Pour sécuriser la gestion du fractionnement, il est recommandé d’abord de définir des règles internes claires concernant la prise des congés (période, contraintes et gestion du fractionnement). Cela permet d’éviter les interprétations et d’harmoniser les pratiques.
Ensuite, si l’entreprise souhaite limiter les jours de fractionnement, elle doit formaliser la renonciation du salarié, de préférence par écrit et en conservant une trace, car une simple pratique informelle n’est pas suffisante en cas de contrôle.
Il est également essentiel de suivre précisément les compteurs de congés via un outil fiable (SIRH ou paie), afin d’identifier les périodes de prise et les éventuels droits à fractionnement, et de réduire les risques d’erreur.
Par ailleurs, les managers/responsables d’équipes doivent être sensibilisés, car leurs décisions d’organisation des congés peuvent avoir un impact direct sur les droits des salariés et sur la paie.
Enfin, il est indispensable de vérifier la convention collective, certaines pouvant prévoir des règles spécifiques, voire supprimer le droit au fractionnement.
Le fractionnement des congés payés est un mécanisme simple en apparence, mais qui nécessite une grande rigueur dans son application. Une bonne organisation, des règles claires et une traçabilité des décisions permettent d’éviter la majorité des risques.
Nous pouvons vous accompagner dans la rédaction d’un accord collectif conforme, la mise à jour de vos formulaires RH ou à la formation de vos équipes sur les congés payés et le droit du travail.
Nos gestionnaires de paie et consultants SIRH sont à votre disposition pour tout échange concernant ces démarches. N’hésitez pas à consulter également les équipes de notre partenaire Oratio Avocats pour tout appui juridique en lien avec ce sujet.