Valérie Rousseau
Responsable prospective et stratégie expertise sociale
Incendies de forêt, épisodes de canicule à répétition, tempêtes, inondations… L’actualité de ces dernières semaines rappelle à quel point les sapeurs-pompiers volontaires sont essentiels à la protection des populations et des territoires. Leur contribution est particulièrement visible dans les secteurs ruraux et périurbains où ils assurent une part importante des missions de secours. Mais, derrière chaque intervention, il y a souvent un salarié qui quitte son bureau, son atelier, son chantier ou son commerce lorsqu’une alerte est déclenchée.
L’employeur doit-il, dès lors, systématiquement autoriser cette absence ? Comment la gérer en paie ? Existe-t-il des aides financières ? Une convention peut-elle être conclue avec les services de secours ? Tour d’horizon des règles à connaître et des bonnes pratiques à mettre en place.
Le sapeur-pompier volontaire est une personne qui s’engage au service de la sécurité civile, parallèlement à son activité professionnelle principale. Il participe notamment aux opérations de secours aux victimes, à la lutte contre les incendies, à la protection des personnes, des biens et de l’environnement, ou aux actions de prévention et de formation.
Cet engagement est régi par le Code de la sécurité intérieure. Le sapeur-pompier volontaire n’est pas salarié du service départemental d’incendie et de secours (SDIS) et n’exécute pas un contrat de travail avec celui-ci. Il perçoit des vacations horaires pour ses missions opérationnelles et ses formations.
Tous les employeurs peuvent être concernés, quelle que soit la taille de l’entreprise ou le type de contrat de travail du salarié : contrat à durée indéterminée, contrat à durée déterminée, temps plein ou temps partiel.
Point d'attention
L’engagement comme sapeur-pompier volontaire relève de la liberté individuelle du salarié. L’employeur ne peut ni interdire cet engagement ni prendre une décision défavorable fondée sur cette qualité.
La loi prévoit des autorisations d’absence pour permettre au salarié sapeur-pompier volontaire de participer à certaines activités. Sont notamment concernées :
Une particularité importante
Contrairement à de nombreux congés ou autorisations d’absence prévus par le Code du travail, aucune durée maximale n’est fixée par la loi. La fréquence et la durée des absences dépendent donc largement de l’activité opérationnelle du volontaire et de l’organisation prévue avec l’employeur.
La participation aux missions de sapeur-pompier volontaire implique pour le salarié de disposer d’une autorisation d’absence délivrée par son employeur. Lorsque l’absence est susceptible de compromettre le bon fonctionnement de l’entreprise, l’employeur peut toutefois refuser la demande. Ce refus doit être motivé et porté à la connaissance du salarié ainsi que du service départemental d’incendie et de secours.
En pratique, il est souvent plus facile de justifier un refus concernant une formation planifiée plusieurs semaines à l’avance que pour une intervention d’urgence liée à un incendie majeur ou à une catastrophe naturelle.
Conseil RH
Évitez les refus systématiques. Ils pourraient être contestés et nuire aux relations avec le salarié comme avec le SDIS. Une entreprise qui identifie en amont les salariés concernés évite généralement bien des difficultés. Anticiper les modalités d’absence est souvent plus efficace que de devoir gérer une situation d’urgence au dernier moment.
Oui, et elle constitue une véritable bonne pratique
Le Code de la sécurité intérieure permet à l’employeur, au salarié et au service départemental d’incendie et de secours de conclure une convention afin d’organiser la disponibilité du salarié pendant son temps de travail.
Cette convention peut notamment prévoir :
L’objectif est de trouver un équilibre entre les impératifs de secours et les contraintes opérationnelles de l’entreprise.
Bon réflexe
Si l’un de vos salariés est sapeur-pompier volontaire, n’hésitez pas à contacter le service départemental d’incendie et de secours dont il dépend. De nombreux départements proposent des conventions types faciles à mettre en place.
Une convention permet :
C’est souvent la première question des employeurs.
Aucun texte n’impose à l’employeur de maintenir la rémunération du salarié pendant ses absences liées à son activité de sapeur-pompier volontaire. Durant cette période, le volontaire perçoit des vacations horaires versées dans le cadre de son engagement.
Lorsque l’employeur choisit de maintenir la rémunération pendant l’absence, il peut demander à percevoir directement les vacations auxquelles le salarié a droit, dans la limite des sommes maintenues. C’est ce que l’on appelle la subrogation.
Même lorsque le salaire n’est pas maintenu, les périodes consacrées aux missions opérationnelles et aux formations sont assimilées à du temps de travail effectif pour :
Il est donc recommandé de créer un motif d’absence spécifique dans le logiciel de paie et de gestion des temps.
Oui.
Aucun licenciement, aucune sanction disciplinaire et aucune mesure de déclassement professionnel ne peuvent être justifiés par les absences résultant de l’activité de sapeur-pompier volontaire. Les employeurs doivent donc veiller à ce que cet engagement citoyen ne soit jamais pris en compte dans l’évaluation professionnelle ou dans une éventuelle procédure disciplinaire.
Vigilance RH
Si une procédure disciplinaire ou un licenciement est envisagé, il convient de démontrer que la décision repose exclusivement sur des motifs étrangers à l’engagement du salarié comme sapeur-pompier volontaire.
Afin d’encourager le volontariat, une réduction de cotisations patronales a été instaurée au bénéfice de certains employeurs. Cette réduction concerne notamment :
Le montant peut atteindre jusqu’à 2 000 € par salarié et par an, dans la limite de 10 000 € par entreprise.
Point de vigilance
Cette mesure est temporaire. À ce jour, la réduction de cotisations patronales est applicable uniquement jusqu’au 31 décembre 2026. Sauf prolongation par un futur texte, le dispositif devrait prendre fin à compter du 1er janvier 2027.
Les employeurs susceptibles d’en bénéficier ont donc intérêt à vérifier leur éligibilité sans attendre.
Depuis 2021, un salarié peut, avec l’accord de son employeur, céder tout ou partie de ses jours de repos non pris à un collègue sapeur-pompier volontaire. Le salarié bénéficiaire :
Conseil RH
Ce dispositif peut constituer un excellent outil de cohésion interne et témoigner de l’engagement citoyen de l’entreprise.
Les entreprises qui favorisent la disponibilité de leurs salariés peuvent obtenir le label « Employeur partenaire des sapeurs-pompiers ». Pour être éligible, la convention conclue avec le SDIS prévoit généralement un minimum de huit jours ouvrés d’autorisation d’absence par an pour les activités de sapeur-pompier volontaire.
Au-delà de la reconnaissance institutionnelle, ce label constitue un véritable levier de marque employeur et de valorisation de la démarche RSE de l’entreprise.
Même si les règles de durée maximale du travail ne s’appliquent pas directement à l’activité de sapeur-pompier volontaire, le cumul entre vie professionnelle, formations, gardes et interventions peut générer une charge importante pour certains salariés.
Un dialogue régulier entre le salarié, son manager et, si nécessaire, le SDIS permet de prévenir les situations de fatigue excessive et de préserver la santé du collaborateur.
Les 5 questions que tout employeur devrait se poser
Alors que les incendies et les événements climatiques majeurs se multiplient, l’engagement des sapeurs-pompiers volontaires revêt une importance particulière. Pour les employeurs, l’enjeu ne se limite pas au respect des obligations légales. Il s’agit également d’anticiper l’organisation de l’entreprise, de sécuriser les pratiques RH et paie et de valoriser un engagement citoyen porteur de compétences particulièrement recherchées : sens des responsabilités, réactivité, maîtrise des situations de crise et esprit d’équipe.
Notre conseil
N’attendez pas la prochaine alerte pour vous organiser. Une convention avec le SDIS et la mise en place d’une procédure interne claire permettent généralement de concilier efficacement les besoins de l’entreprise avec l’engagement de vos salariés au service de la collectivité.
Nos équipes restent à votre disposition pour tout complément d’information concernant ce sujet. N’hésitez pas à consulter votre contact habituel Baker Tilly.
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